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LE PAGE DU BARON DES ADRETS. 329 protectrices donnait à leur beauté un éclat sans rival. Quand il se fut assuré que son maître n'avait plus de mys- tères à lui découvrir et qu'il pouvait marcher seul, il prit l'ambition de s'établir ; son plan fut bien vite tracé et aussi rapidement mis à exécution. A ses protectrices, à celles qui lui avaient obtenu position et avancement, il déroba or, bijoux, diamants, objets précieux; au vieux savant qui lui avait tout appris, il enleva livres et manuscrits, drogues puissantes, poudres venues des pays lointains, instruments rares, et quittant une contrée où il eût trouvé trop de concur- rents, il disparut. Il avait jeté les yeux sur la France, comme sur un pays qu'un homme de sa valeur pouvait exploiter, et sachant que le baron des Adrets repassait les Alpes, séduit par sa réputation terrible et redoutée, il s'attacha intime- ment à lui, entra en France à sa suite, et l'accompagna, désormais dans toutes ses expéditions. Rien ne pouvait être plus nuisible au fougueux guer- rier que d'avoir à ses côtés un conseiller aussi pervers. Tous ses mauvais instincts s'en accrurent, tous ses mau- mais penchants se développèrent à l'envi. De dur, il devint brutal, d'économe avare, d'orgueilleux superbe, de méchant cruel. Sur cette pente, il ne devait pas s'ar- rêter. Le perfide Italien lui conseilla de s'adonner aux sciences occultes, à l'alchimie, à l'astrologie et à ces pratiques coupables venues des Egyptiens aux Arabes et de ceux-ci aux peuples modernes. Evoquer les esprits, se défaire d'un ennemi lointain par des conjurations ne répugnait plus à l'homme de guerre habitué jadis à ne frapper qu'avec l'épée et en exposant lui-même ses jours.