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236 TABAC.
tière! m'écriai-je, frappé d'une inspiration subite; et,
m'approchant soudain de la dame, je lui présentai la
mienne. Elle rougit d'abord, tant il est fâcheux pour une
femme d'être devinée ! Il y eut chez elle hésitation mar-
quée; on l'observait, un vice allait être m i s a n u ; n'im-
porte, l'habitude triomphe, et la voilà plongeant avide-
ment les doigts dans ma boîte. De toute la soirée pas un
homme ne l'engage.a à danser, et quand elle voulut se pro-
curer ce plaisir { elle fut forcée d'avoir recours à son mari,
pis-aller parfois désagréable.
Si du salon nous passons à .l'antichambre, trouverons-
nous rien au monde de plus désagréable, de plus dange-
reux même qu'une femme de chambre qui prise du tabac,
sans parler de la contagion de l'exemple? Qu'on ne s'ima-
gine pas qu'il soit un remède à cette passion désolante !
une fois poussée à cette extrémité, rien ne saurait la vain-
cre ni la modifier; c'est une fureur, une rage. La personne
à qui l'on a soustrait sa tabatière, c'est la lionne à laquelle
on a ravi sa progéniture : point de bonheur, point de repos,
avant qu'elle ne lui soit rendue ! La malheureuse, au sein
des plus grandes douleurs, tient encore sa tabatière sous le
chevet de son lit, et quand ses doigts glacés ne la cher-
chent plus, ne conservez aucune espérance la mort
est là .
Honte au malheureux qui importa la nicotiane sur le con-
tinent européen ! Je n'ai certes ni la prétention, ni le plus
faible espoir de détourner aucune femme de cet abîme;
tout ce dont je me flatte, c'est que mesdames les priseuses,
durant la lecture de cet article, s'abstiendront d'ouvrir leur
tabatière : je leur en saurai quelque gré.
J. PETIT-SENN.