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132              I-ES FRÈRES TAILLEURS DE LYON.

ciété existait dans la rue Lafont. Ces nouveaux associés étaient
vulgairement appelés les frères missionnaires ; ce qui indique
naturellement qu'ils avoisinaient les missionnaires de Saint-Jo-
seph, logés sur l'emplacement du ci-devant hôtel du Nord. Les
chanoines de Saint-Jean dans leur mémoire de 1766, s'expriment
ainsi, en parlant de cette communauté de fabricants : « On ignore
si ce singulier établissement existe encore. »
    Ce qui réellement prouve que les frères tailleurs habitaient
le quartier Saint-Paul, c'est qu'ils possédaient une chapelle
dans l'église de ce nom. Le choix de ce quartier avait eu peut-
être sa raison ; en effet, il faut se rappeler que les susdits
frères s'établirent à Paris probablement dans la paroisse de
Saint-Paul, puisqu'ils en consultèrent le curé. Ce précédent put
devenir le motif, basé sur le respect d'un souvenir traditionnel,
qui les engagea à se loger au sein de la paroisse lyonnaise, dé-
 signée sous le même vocable.
    Cette confrérie d'ouvriers menait assez bien les affaires, puis-
 qu'elle achetait des immeubles, et dans notre temps où l'on s'oc-
 cuped'organiser des associations ouvrières, il est bon d'examiner
 les causes qui firent prospérer ce travail en commun. Réunis
 sous une règle religieuse, les premières exigences de ce code
 furent l'assiduité, l'économie et l'abnégation personnelle. Les
 deux pères temporels régissaient probablement l'institution, sans
 avoir besoin de convoquer des assemblées au sein desquelles le
 plus souvent l'on ne peut pas s'entendre. D'ailleurs le nombre
 des associés était fort limité et ne pouvait pas donner accès à
 l'anarchie du grand nombre. La vie commune évitait d'immenses
 frais, et l'administration, fondée sur l'égalité religieuse, devait
 revenir à très bon marché. Je pense qu'il serait difficile aujourd'hui
 de réunir toutes ces chances de succès, et d'ailleurs l'établissement
 d'une confrérie religieuse, sur ce modèle, serait certainement une
 impossibilité.                           Paul SAINT-OLIVE.

   (Hist. des ordres religieux par Hélyot. T. VIII, p. 175.—Biog. univ.—
Mémoire pour les doyens, chanoines et chapitre des comtes de Lyon contre
la société des lrères tailleurs. Biblioth. Coste, 2317 et 2331.—Le grand
vocabulaire français, 1767 à 1774.)