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90                         •   POÉSIE.

     Leurs feuilles de satin, leurs corolles de moire,
     Leur délicat tissu, tout enchante les yeux ;
     L'art pourrait-il ainsi, —je ne saurais le croire, —
     Dérober son secret à l'Artiste des cieux ?...


     Mais non, ce sont des fleurs de la saison nouvelle,
     Dont quelque blonde enfant a voulu décorer
     La Madone gothique, et dont l'aspect révèle
     Cette immense bonté qui la fait adorer.
     Voyez-la dans ce nid d'éblouissantes roses,
     Offert comme un hommage à sa pure beauté !
     Les fleurs ont toujours su lui dire tant de choses
     Qu'elle doit les aimer dans leur naïveté.


     Admirons de plus près cette fraîche • guirlande,
     Et respirons un peu d'enivrantes senteurs...
     Ah ! l'on est exigeant : aux roses l'on demande
     Ce suave parfum qui leur gagne .les cœurs...
     0 douce illusion ! ô charmante merveille !...
     Le soleil s'est laissé vaincre par un pinceau !...
     L'Orient peut rougir dans sa grandeur vermeille :
     Ces fleurs ne l'ont pas eu pour leur premier berceau.


     Qu'il soit béni toujours celui qui les fit naître,
     Ce Van-Huysum français, cet artiste divin !
     Amant de la nature, il savait la connaître,
     Notre flore jamais ne l'inspirait en vain.
     Noble fils de Lyon, ô disciple d'Appelles,
     Tressaille avec bonheur au fond de ton tombeau,
     Car l'ange de la gloire, aux rayonnantes ailes,
     A marqué de son nom ton ravissant tableau !

                                         M"0   ADÈLE   S*'*