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396                          LA REVUE LYONNAISE

remit, lui montra où l'appelait son devoir ; et, fidèle aux conseils du Souverain
Pontife, il revint se placer à la disposition du maréchal Bugeaud qui réclamait ses
services.
   Quelques amis, nous dit M. Roches, lui conseillaient de retrancher ou tout au
moins d'adoucir ce chapitre sur Rome. Il s'est refusé à faire cette concession à ceux
de ses lecteurs qui sont hostiles à l'idée religieuse, et il a bien fait. La franchise avec
laquelle il a exposé les emportements de sa jeunesse lui faisaient une loi de ne pas
laisser dans l'ombre cette phase de sa vie. Je sais bien qu'il faut, de nos jours, une
certaine crânerie pour se dire ouvertement catholique : mais M. Roches a bravé
trop souvent la mort pour ne pas broncher devant les plaisanteries de quelques
doublures de M: About.
   Interprète général de l'armée, M. Roches rendit au maréchal Bugeaud des ser-
vices que celui-ci savait vivement apprécier. Le récit de cette période de sa carrière
n'est pas le moins intéressant, et ne sera pas le moins vivement goûté. Il y raconte
d'une façon saisissante la campagne du Maroc et la glorieuse bataille d'Isly.
   Dans un troisième volume, nous verrons M. Roches à Tunis, à Tripoli et au
Maroc. Il achèvera ainsi l'histoire de sa vie accidentée, consacrée au bien de sa
patrie, et qui n'a eu d'autre récompense qu'une mise à la retraite prématurée, lors
de la révolution du 4 septembre. Si le croyant n'entrevoyait un horizon supérieur
aux perspectives de ce monde, ce serait bien le cas de terminer ce compte rendu
par le mot qui dot les Souvenirs Sun officier d'ordonnance, du comte d'Hérisson :
« Surtout ne vous dévouez jamais! »


LA CIVILISATION EN ITALIE, au temps de la Renaissance, par Jacob BURC-
 KHARDT. Traduction de M. Schmitt. — Paris. Librairie Pion. 1885. — 2 beaux
 volumes in-8°. Prix : 15 francs.

   Il faut une véritable abnégation à certains esprits cultivés, que leur talent pous-
serait à produire des oeuvres originales, pour qu'ils se résignent au rôle ingrat et
peu brillant de traducteurs. C'est au public à les en récompenser par ses suffrages,
lorsqu'ils se sont attelés à une besogne utile et profitable, telle que celle de faire
passer dans notre langue des ouvrages importants que notre ignorance, malheu-
reusement trop générale, des idiomes étrangers, nous condamnerait, pour la plu-
part, à ignorer.
   La Civilisation en Italie au temps de la Renaissance, de Burckhardt, est un de ces
livres. M. Schmitt, professeur au Lycée Condorcet, en donne une traduction écrite
dans un style excellent.
   Je crois bon d'appeler l'attention sur l'intérêt tout particulier que présente cet
ouvrage. Il est impossible d'étudier avec fruit notre grand xvie siècle, sans être par-
faitement au courant de l'état de la culture intellectuelle en Italie, à cette époque.
 En effet, au vieil esprit national, qui subsistait chez nous, vinrent s'ajouter alors