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352 L'INDUSTRIE DE LA SOIE 380 millions de produits d'une fabrication de cet ordre, cela correspond à 250 millions au moins de salaires et de profits, et si l'on fait le compte de tout le monde qui vit de ce travail, tant du tissage lui- même que de toutes les manipulations préparatoires ou complémentaires, on arrive sans peine à un total de trois cent mille ouvriers et ouvrières qui y trouvent leur unique gagne-pain. Trois cents fabricants environ conduisent cette grande industrie. Chose étrange, il n'y a pas eu dans ce per- sonnel directeur une transformation pareille à celle qui s'est opérée dans le déplacement du travail et le ma- tériel; cependant la transformation a commencé. Nous ne sommes plus au temps où tout était con- centré dans la ville; nous ne parlons pas de ce passé lointain où l'ouvraison même se faisait à Lyon. On n'a qu'à remonter à soixante ans en arrière pour trouver dans l'enceinte de la ville actuelle 25,820 métiers et 6,260 métiers aux environs. C'était le temps du régime des petits ateliers urbains, des tisseurs chefs d'atelier, propriétaires du métier et du petit outillage, à la fois entrepreneurs, ouvriers et presque artistes. Le fabricant avait l'atelier à sa porte et à sa disposition; il n'avait la charge ni du métier ni de l'ouvrier. Il n'y a plus à Lyon, dans ces ateliers indépendants, que 16,000 mé- tiers, 17,000 au plus, et il n'y a qu'une partie, et quelquefois qu'une petite partie, de ces métiers qui soient en activité. La nécessité de faire emploi d'une main- d'œuvre moins coûteuse, imposée par la concurrence des fabriques étrangères, a amené le déplacement du tissage. 50,000 à 55,000 métiers à la main sont disséminés à la campagne dans le département du Rhône et dans les