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HENRI MONDEUX. 173 enfermé dans un cercle étroit, il pouvait être étouffé ou l'étouffer lui-même. Le professeur étudia et comprit son élève, il montra à son intelligence un vaste champ, une vaste carrière à parcourir, l'enfant s'y élança, et marcha à pas de géant. En peu de mois il avait vu l'arithmétique et les éléments de l'algèbre. Mais là devait se borner momentanément ses études mathématiques. L'instruction et l'éducation du petit sauvage, du petit sorcier de la vallé» ne marchait pas aussi vite que ses calculs. L'instruction publique ne convenait ni à son caractère, ni à ses habitudes, ni à son génie. Cepen- dant il avait près de 14 ans, il fallait lui créer une autre position. C'est alors que M. Jacoby se décida à présenter son élève à l'Institut de France, et à appeler l'attention du gouvernement sur un enfant si pro- digieux. On sait quel fut le résultat des démarches de M. Jacoby. M. Arago présenta Mondeux à l'Académie des sciences : une commission composée de MM. Arago, Sturm, Lionville et Cauchy, et de laquelle M. Corialis, di- recteur des études de l'École polytechniques, que la science pleure aujour- d'hui, demanda à en faire partie, et examina Henri Mondeux. Un rapport fa- vorable (1) fut adressé au ministère de l'instruction publique qui ne trouva pas dans ses économies une modique pension pour faire élever un enfant aussi extraordinaire, et pourtant, dit Emile Deschamps, dans la biographie de Mondeux : Vous nourrissez à grands frais des singes et des tigres qui meurent tout jeunes. Mais si le gouvernement a dédaigné Mondeux, la nation l'a bien dédom- magé de cette coupable insouciance. Nos savants les plus illustres, nos littérateurs les plus distingués, nos peintres les plus célèbres, nos artistes les plus renommés lui ont prouvé toute leur sympathie, et il en reste des preu- ves bien touchantes dans l'Album de voyage du jeune calculateur. Les noms (1) Vo'ci la ccrichi.MCin de ce rapport inséré aux Bulletins de l'Institut de décembre l84° : « L'éducation, l'instruction de l'enfant sont-elles aujourd'hui assez avancées pour pouvoir être continuées et complétées en la présence et la compagnie d'autres élèves ! M. Jacoby ne le pense pas et les Membres de la Commission ne le pensent pas non plus. Nous croyons, d'ailleurs, que l'Académie doit reconnaître le zèle et le noble dévouement que M. J a - coby a déployés dans le double intérêt de la sîence et de son élève, encourager ses efforts, le remercier de l'avoir mis à portée d'apprécier la merveilleuse aptitude du jeune Henri Mondeux pour les Calculs ; enfin, émettre le vœu que le gouvernement fournisse à M. J a - coby les moyens de continuer sa bonne œuvre, et do développer de plus en plus les rares facultés qui peuvent faire espérer que cet enfant extraordinaire se distinguera un jour dans la carrière des sciences. >i