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Archives de Pierre Charnier

Fonds Fernand Rude

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Né en 1795, décédé en 1857, Pierre Charnier était un tisseur lyonnais, un chef d’atelier en soierie, un canut. Il fut l’un des principaux « chefs ouvriers » de la cruciale période 1830-1848. Déposées par Fernand Rude, ses archives contiennent de précieux renseignements sur la vie de la Fabrique, le mutuellisme, mais aussi les journaux des canuts. en savoir plus
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archives de Pierre Charnier - Fonds Fernand Rude

Pierre Charnier s’affirma comme un prud’homme chef d’atelier, constamment réélu à partir de 1832 . Il œuvra alors en faveur des régulations démocratiques de la Fabrique, l’industrie de la soie lyonnaise, organisée sur le modèle complexe de la manufacture dispersée.

Les « papiers Charnier » sont d’une très grande richesse pour l’historien. Ils offrent, en nombre, des renseignements cruciaux sur la vie de la Fabrique, sur ses institutions, les prud’hommes, les caisses de prêt, le mutuellisme, mais aussi les journaux des canuts, notamment le premier d’entre eux, L’Echo de la fabrique. Les « évènements », les « troubles de Lyon », ceux de novembre 1831 et d’avril 1834, ceux de 1848 et 1849, bénéficient également, grâce à ces archives, d’éclairages nouveaux. On apprend aussi, à la lecture de lettres, notes, témoignages, ce que fut au quotidien la vie, les affections et les missions de ce canut, au sein de sa famille, dans son atelier et, au-delà dans sa rue ou son quartier. On découvre un caractère, un tempérament. Charnier signait ses interventions dans la presse, Le Solitaire du Ravin. Le ravin, c’était le quartier Saint-Paul, sur la rive ouest de la Saône, lieux ancien de la canuserie, que venaient concurrencer désormais les pentes de la Croix-Rousse où s’installaient les nouvelles générations de tisseurs depuis la diffusion du métier Jacquard. Solitaire, Charnier l’était de part sa doctrine qui voulait réconcilier le principe de l’hérédité royale et celui du suffrage universel, et qui enjoignait d’expérimenter la démocratie à des niveaux intermédiaires, localisés, de la société et sur des terrains économiques.

Dans les archives on découvre donc Pierre Charnier, légitimiste et catholique depuis toujours, instruit, un temps, de façon critique, par le message saint-simonien, toujours circonspect (pour dire le moins) vis-à-vis des républicains les plus sanguins, mais ami, parfois allié circonstanciel, de certains d’entre eux, protecteur inconditionnel de l’économie d’ateliers et de ses canuts. Ce que Charnier vomissait, c’était la France Louis-philipparde qui se mettait en place, celle des notables, celle qui fondée par l’insurrection de Juillet 1830 allait consacrer la violence de l’argent sous couvert de rhétorique libérale faisant ainsi disparaître les deux sources de la morale adaptée aux nouveaux temps industriels, la religion et la démocratie : « c’est au cri de liberté que vous trompiez, que vous égariez le peuple jusqu’au rôle de machine insurrectionnelle, interpellait-il les notables de 1830, afin d’en faire plus tard vos serfs, vos ilotes, vrai machine industrielle, fonctionnant par l’impulsion de votre liberté industriel qui est l’esclavage de l’artisan ».

Ludovic Frobert (extraits). Pierre Charnier, le Solitaire du Ravin.

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