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UN DÉBUT DANS LE GRAND MONDE 259 C'est tout un drame poignant qui se déroule devant vous et qui vous pénètre jusqu'au fond du cœur. Un autre sujet plus gai est l'Amour médecin, de Des- touches. Un jeune malade à la figure amaigrie est alité entouré de ses vieux parents; il se soulève doucement en voyant arriver près de son lit, amenée par sa nourrice, la délicieuse jeune fille qui causait tout le mal. L'expression de bonheur radieuse qui se peint sur ses traits présage sa guérison. Quant à la jeune fille à la pose modeste, elle s'avance en baissant un peu les yeux, mais quelle physionomie charmante où se peignent à la fois, la confusion, l'embarras et le plaisir ! Elle a des airs de tête penchés pareils à ceux de l'Accordée de village, de Greuze. Il y a là une telle fraîcheur de tons, de jeunesse, des sentiments si bien rendus, qu'on voit, qu'on assiste à cette scène d'un bonheur inattendu. Mais c'est au troisième tableau que je veux m'arrêter davantage. Je parcourais une serre aux parterres de camélias roses et blancs, quand arrivé à son extrémité je me suis trouvé dans un petit salon sans ornements, où régnait une douce lumière, mais au fond duquel me sont brusquement apparus, éclairés par deux réflecteurs étincelants, et dans toute leur beauté, les Pêcheurs de VAdriatique, de Léopold Robert. Ce tableau a composé avec les Moissonneurs, les Faneurs, du Louvre, et l'Improvisateur, ce quadrige qui a conduit à l'immortalité ce jeune peintre enlevé à la fleur de l'âge, à l'apogée peut-être de son talent. Je sais que de nos jours on trouve ce genre de peinture trop léché, trop maniéré et qu'il est de bien meilleur goût de s'extasier devant des toiles représentant des champs de pommes de terre !