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UN DÉBUT DANS LE GRAND MONDE 261 J'étais là et j'admirais encore mais déjà les joyeux accords de l'orchestre retentissaient à mes oreilles. Bientôt la danse reprenait ses droits et me retenait jusqu'à l'heure presque matinale, où il me fallut enfin regagner le quartier latin. De retour dans ma petite chambrette de la rue Jacob, je restai longtemps encore en proie à toutes ces émotions sans pouvoir fermer les yeux. Petit à petit cependant je cédai au sommeil, mais il me semblait que la barque des pêcheurs emportait toutes mes jolies danseuses. J'essayais de les suivre malgré les efforts de Méphistophélès pour me retenir au rivage. Au plus fort de cette lutte, un coup de sonnette retentit. C'était ma vieille concierge qui m'appor- tait mon modeste déjeuner d'étudiant. Trop vite, hélas! la réalité recommence et me voilà de nouveau au cours de MM. Demante et Ducauroy. C'est cependant grâce à eux que j'ai pris place au Barreau d'abord, puis dans les rangs de la Magistrature ensuite. Toutefois les souvenirs de jeunesse ne disparaissent pas tout entiers. Il m'arrive encore parfois d'y penser même à l'audience (Horresco referens), je ne dirai pas avec regret mais toujours avec plaisir! Je songe aux belles fêtes d'antan, à mes débuts dans le grand monde !..., à mon pauvre gilet de velours!..., aux beaux tableaux d'Ary Scheffer, de Léopold Robert!..., à mes vingt ans ! ! ! E. C. N" 4 — Avril 1896 18