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                      SUR LE PONT DE SAONE                             II

   Nous sommes maintenant renseignés. Les boutiquiers du
pont de Saône étaient des Juifs. Or, que des membres de
cette nation soient à Lyon, qu'ils y aient pris résidence,
cela suffisait, en l'an de grâce 1548 pour que l'opinion
publique s'émût, que la foi chrétienne se crût outragée et
qu'un homme, qui n'était pas le moindre de la cité, jugeât
nécessaire de venir à l'hôtel commun pousser un énergique
caveant consules, réclamant, en même temps que l'arrestation
des rôdeurs de nuit, l'expulsion des Juifs du pont de Saône !
   Mais, nous dira-t-on peut-être, Lyon n'avait-il donc pas,
au XVIe siècle, sa Juiverie ? La rue toujours existante qui
porte ce nom n'était-elle pas alors le siège d'une colonie
de banquiers, de marchands israélites ? N'est-ce pas par eux
que les maisons du Moyen Age et de la Renaissance qui s'y
voient encore ont été bâties et primitivement habitées ?
Me Estienne de Bourg qui, en sa qualité d'avocat, demeu-
rait certainement près du palais de Roanne, ne pouvait
sortir de chez lui sans s'exposer à coudoyer des Juifs dans
les étroites rues du quartier Saint-Paul. Qu'avait donc
l'excellent notable à se scandaliser si fort de la présence sur
le pont de quelque fripiers de race hébraïque !
   Cette objection, nous nous l'étions d'abord faite à nous-
même à la lecture du registre consulaire. Mais nous
n'avons pas tardé à nous convaincre et le lecteur va recon-
naître avec nous qu'elle est absolument dénuée de fonde-
ment. Jetons, en effet, un regard sur la rue Juiverie du
xvie siècle, parcourons-la d'un bout à l'autre depuis la


leux pour la religion christienne, mesrne qu'ils se sont lougiez au coeur
et mylieu de la ville, assavoir en la maison de Jacques Pynatel du
cousté des changes, soient chassiez hors ladite ville.
   Demandant acte desdites resmontrance et requeste, »