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SUR LE PONT DE SAONE 67 Mais, quelles ne seront pas la douleur et la juste colère de celui qui a mérité d'être appelé « le plus fier prélat des temps carlovingiens » et quelle ne sera pas la vigueur de ses protestations, si, par hasard, il arrive que non contente de la liberté qui lui est laissée, la race déicide entre en lutte contre l'Église, qu'elle ose entraver le ministère sacré de ses pasteurs, qu'elle se serve de la puissance que donne l'or pour persécuter ou corrompre le peuple chrétien ! Or c'est justement ce qui arriva. Agobard nous apprend lui-même qu'il y avait de son temps à Lyon un fonctionnaire nommé Evrard, envoyé par le gouvernement, à la requête des Juifs,'sous l'apparent prétexte de servir d'arbitre entre eux et la population chrétienne. Bien qu'il s'intitulât officiellement le maître des Juifs, magis- 1er Judœorum, Evrard, s'était fait, dès son arrivée, le servi- teur de leurs intérêts et le docile instrument de leurs volontés. Aidés de lui, ils étaient chez eux à Lyon ; ils y pouvaient tout. Qu'avaient-ils besoin, dans cette nouvelle Jérusalem, déménager le « vil troupeau du bétail nazaréen»? Nous avons dit qu'au nombre des commerces exercés par les Israélites lyonnais se trouvaient ceux du vin et été la viande de boucherie. Beaucoup de ménagères chrétiennes s'appro- visionnaient chez eux. Chez des marchands qui se vantaient, et à juste titre, d'être les fournisseurs de la table impériale, elles se croyaient sûres d'être bien servies. Que leur vendait- on cependant ? Scrupuleux observateurs des prescriptions mosaïques, lorsque les bouchers juifs avaient un animal à abattre, ils ne regorgeaient pas, mais lui faisaient trois incisions, après quoi ils l'ouvraient, et si alors le foie ou le poumon leur paraissait en mauvais état : « Voilà , s'écriaient- ils, qui fera l'affaire des chrétiens. T> Et cette viande mal- saine était, en effet, réservée pour n'être débitée par eux