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                    UN RÉVEILLON DE NOËL                    281

persuadés que nul succès ne peut être plus favorable à la
délivrance de notre pays, que ceux que nous remporterons
en ce moment.
  Le présent ordre sera lu à trois appels consécutifs.
    Belfort, le 20 décembre 1870.

                         Le colonel commandant supérieur,

                                    Signé : DENFERT.

    La lecture de cet ordre de la place a donné à quelques
amis, officiers dans un bataillon de la mobile du Rhône,
l'idée de célébrer, eux aussi, la veillée de Noël. Entendre
la messe de minuit, il n'y faut pas songer. Depuis deux
mois, tout service religieux en public est suspendu. Il est
loin le temps où le Père Charles de Damas, aumônier des
bataillons des mobiles du Rhône, disait la messe le dimanche
dans la grande salle de la gare, sur la banquette des bagages
transformée en autel pour la circonstance.
   Mais on peut au moins organiser un réveillon.
   Les vivres ne manquent pas à Belfort, D'énormes provi-
sions destinées aux villes frontières et à l'armée du Rhin,
ont été bloquées dans les magasins de la place dès le début
de la guerre, par l'invasion allemande en Alsace.
   Les légumes secs, le café, le lard salé, la viande de con-
serve abondent.
   Un troupeau de bêtes sur pieds assure, pour plusieurs
 mois, de la viande fraîche à la garnison. Quant à la farine,
il y en a une telle quantité, qu'on s'en est servi pour blinder
la caserne du Château. Ce blindage d'un nouveau genre
donne de merveilleux résultats. La façade du château, qui
domine la ville du haut de son rocher, est le point de mire
des batteries d'Essert et de Ravilliers. Les obus qui pénètrent