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26o          UN DÉBUT DANS LE GRAND MONDE

   Quant à moi je ne suis pas de ces admirateurs-là.
   Ce qu'il faut demander au peintre (comme le dit si bien
ce savant critique Toppfer) c'est l'intention poétique surtout,
ce sentiment sévère qui pénétrant au-delà de la vivante
surface des visages, va saisir au fond des âmes pour l'amener
palpitant sur la toile, le drame de foi ou de passion dont il
aspire à représenter l'image.
   N'est-ce pas là en effet ce qu'a voulu, ce qu'a fait ce grand
artiste ?
   Au bord de cette mer Adriatique si dangereuse et souvent
mortelle pour les pauvres pêcheurs, la barque qui va les
emporter s'apprête à partir. Un vieux nautonnier à la figure
austère, au front soucieux, donne les ordres, lève la main
en signe de commandement. Un vrai Neptune.
   Au-dessous de lui un jeune pêcheur debout, merveilleu-
sement modelé, déroule un cordage d'un air calme et insou-
ciant, tandis que (groupe admirable) sa vieille mère est
assise près de lui, comme accablée déjà par une douleur
qu'elle prévoit.
   Elle est là les bras baissés, courbée, abattue. A ses côtés
se tient tristement la jeune femme, un petit enfant dans ses
bras, les yeux à demi baissés et tournés vers celui qu'elle ne
reverra peut-être plus !
   Cet ensemble vous intéresse, vous attire, c'est l'inconnu
encore, mais on devine déjà un drame, qui captive et serre
le cœur.
   Ces groupes sont d'une sévère beauté, les hommes ont
de magnifiques caractères de tête, les femmes une grande
noblesse d'attitude, les jeunes filles une véritable grâce de
maintien.
   Tout en un mot fait naître un charme durable et
profond.