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68                  UNE NOUVELLE BOUTIQUE

qu'à leur clientèle chrétienne. De même si, dans la cave du
marchand de vins israélite, se trouvait quelque tonneau
souillé ou falsifié : « Voilà, disait-il, qui sera encore bien
bon pour griser des Nazaréens. » Et le rusé négociant
réussissait presque toujours à écouler,parmi les naïfs chré-
tiens, ce peu hygiénique breuvage (2).
   Informé de ces insultantes pratiques, Agobard ne pouvait
contenir son indignation : « Mes enfants, ne cessait-il de
dire, même dans ses prédications, mes enfants, n'allez pas
chez le Juif; abstenez-vous d'acheter de ses viandes ou de
son vin. Hé quoi ! n'est-il point, en cette ville, d'honnêtes
marchands de notre religion, chez qui vous puissiez trouver
ce dont vous avez besoin pour vous nourrir ! »
   Mais ce qui affligeait bien plus profondément le cœur du
pontife, c'étaient les entreprises des Juifs contre la foi du
peuple confié à ses soins.
   Les constitutions impériales, les canons des conciles ren-
fermaient de nombreuses dispositions ayant pour but de
protéger, autant que possible, les chrétientés naissantes
contre le dangereux contact d'Israël. Cette législation, bien
qu'applicable à Lyon, n'était pas pour gêner nos Israélites. —
Défense formelle leur était faite d'exercer publiquement
leur culte. Eux se réunissaient, en grande pompe, tous les
samedis, dans la magnifique synagogue qu'avec permission
de l'empereur, ils venaient de faire construire à mi-coteau
de Fourvière, en un lieu nommé Brida (3). — L'Eglise


   (2) Œuvres de. saint Agobard. Première lettre à Louis le Débonnaire.
   (3) Menestrier, Histoire civile et consulaire de Lyon, p. 219. Ils (les
Juifs) achetèrent par de grosses sommes d'argent la faveur et la protec-
tion de Louis le Débonnaire, empereur et roi de France, qui, à la
sollicitation de ses ministres, gagnés par ces Juifs, leur permit de