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358       .               SOCIÉTÉS SAVANTES

   Le grand facteur de la production dans l'antiquité fut la corporation.
A Rome, les premières lois de la République autorisaient la formation
de ces confréries ou sodalites, qui jouissaient des droits civils, rédigeaient
leur code disciplinaire et pénal, et avaient à leur service des défenseurs,
des patrons, des esclaves. L'ouvrier, admis dans ces collèges, en
acceptait militairement toutes les règles, en même temps que la pro-
tection. Ces corporations industrielles ne tardèrent pas à constituer un
Etat dans l'Etat, à ce point que les empereurs eurent souvent à compter
avec elles et qu'ils durent, ne pouvant les briser, se déclarer satisfaits de
porter le titre purement nominal de pontife de tous les collèges
romains. D'un autre côté, les rigueurs réglementaires de la corporation
et son monopole suscitèrent comme correctif la concurrence du travail
des esclaves, qui joua dans la production antique le rôle économique et
pondérateur dévolu aux machines de nos jours. On vit alors se sou-
 lever, comme à présent, les conflits et les haines du travail et du
capital, jusqu'au jour où tout sombra dans l'Empire, sous les coups
pressés des barbares.
   Au Moyen Age, c'est tout d'abord dans les cloîtres et les monastères
de la France, puis ensuite dans les corporaiions médicéristes établies par
villes et par professions, avec leurs chapelles, leurs fêtes, leurs banquets,
que nous retrouvons la vieille constitution romaine, amendée et trans-
formée ainsi que tout le reste par l'esprit chrétien. A l'ombre des
Capitulaires de Charlemagne, l'industrie put traverser la période
féodale, se défendre contre l'arbitraire des seigneurs et acquérir une
large pan d'influence dans les communes, à l'affranchissemeut desquelles
 elle ne resta pas étrangère. Au xn e et XIIIC siècles, l'organisation des
confréries atteignit son apogée ; saint Louis, mieux inspiré que les
empereurs romains, fit accepter à chaque profession un « règlement »
lui assurant de nombreux privilèges contre une redevance que l'édit de
 1581 convertit plus tard en impôt régulier : ce fut là l'origine des
patentes. Les rapports ainsi fixés entre l'Etat, les patrons et les ouvriers
se maintinrent à peu près corrects jusqu'à la fin du xvn e siècle. Mais
les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets : les ouvriers
repoussés d'une jurande, et ceux, plus nombreux encore, qui ne pou-
vaient y entrer, se mirent à errer de ville en ville pour trouver leur vie,
et, en vue de réussir et de se protéger mutuellement contre les confré-
ries, formèrent ensemble une ligue nouvelle. C'était le compagnonnage,
avec son esprit de solidarité et ses cérémonies plus ou moins mystiques,