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« PAUCA PAUCIS » 277
crite et Homère. J'élevai dans mon cœur un autel au poète
sincère et pur qui me les faisait comprendre. Cette poésie,
belle comme le pays où elle est née, comme la race qu'elle
glorifie, on l'a reprise avec plus de science et plus de curio-
sité. Jean Tisseur a été un Cliénier moins naïf, mais plus
habile et d'une inspiration plus large. Dans cette poésie qui
n'est pas, comme on l'a dit, la poésie grecque ressuscitée,
qui n'en a pris que les formes parfaites, mais qui n'est
étrangère à aucune des aspirations, à aucune des passions
de l'âme moderne, Clair Tisseur vient de se placer au pre-
mier rang, tout auprès de Leconte de Lisle. Je crois qu'on
ne me contredira pas si j'affirme que c'est l'auteur des
Poèmes antiques qui a poussé le plus loin, de nos jours, la
magnificence, la splendeur sereine du vers. Le poète de
Pauca n'a pas cette virtuosité infaillible et imperturbable;
non, mais il est vivant, il a une âme et des entrailles. Que
Zeus en soit béni !
On a comparé le vers de Clair Tisseur à celui de son
frère Jean. Ces deux poètes se ressemblent a-t-on dit :.
Quahs decel esse sorores ;
Tel n'est pas mon sentiment. Le vers de Jean est plus
fluide, plus lamartinien. L'autre est plus savant et plus for-
tement construit. Je ne dis pas qu'il sente l'huile, mais il a
exigé, avant d'être fait et parfait, un travail opiniâtre, dont
la durée comme on sait, ne fait rien à l'affaire. Le poète le
confesse volontiers :
Je lutte avec le vers. Sous la rime fuyant
Il se fait tout à tour fier lion, sphynx morose,