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PÉLOPONÈSE. 485 commodaient ni de leur caractère, ni de leurs habitudes ; ils les voyaient d'un mauvais œil s'établir parmi eux, et former par leurs colonies une nation étrangère dans leur sein ; ils ne leur tenaient aucun compte des services qu'ils pouvaient rendre dans l'avenir en cultivant ces terres et ranimant leur fécondité ; inha- biles et paresseux, ils préféraient voir leur sol rester inculte et improductif dans leurs propres mains, que possédé et ensemencé par d'autres. Aussi, à l'époque où la constitution fut proclamée, tous les Allemands s'enfuirent et abandonnèrent leurs posses- sions, effrayés par les menaces et l'animadversion des indigènes. Depuis ce moment, les travaux agricoles à peine commencés ne furent repris par les Grecs qu'avec impéritie et lenteur. V. LERNE. Après une heure de marche à travers des champs maréca- geux, nous passâmes devant une grande maison qu'on appelle Hippophortion liïieotyoprèïov ainsi nommée parce que les gens qui arivent de l'intérieur s'y arrêtent pour décharger leurs chevaux et les recharger ensuite. A cet endroit, nous quittâmes la route battue, pour suivre le rivage en ligne droite afin d'a- bréger le chemin ; de temps en temps nos chevaux s'enfonçaient dans la mer jusqu'au poitrail, puis se retrouvaient sur la cime plate d'un rocher, puis redescendaient encore dans l'onde ; je m'en rapportais à l'expérience de mon guide et à l'instinct de ma monture, et je contemplais les hautes montages de l'Argo- lide et du Péloponère, au sein desquelles j'allais m'aventurer. La vue de ces montagnes déchirées par des gorges profondes, séparées entr'elles par des précipices, dépourvues de végétation, austères comme le rocher que rien ne recouvre, sans habitants, sans forêts, sans sentiers, prédispose l'âme à la tristesse, au souvenir de la patrie lointaine et regrettée, aux craintes vagues et intimes. Un grand silence régnait, rempli seulement de ces bruits confus et mystérieux de la nature qui font partie du si-