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                ÉTUDE SUR L'HISTORIEN GIBBON.                  39Ô
losophe ne verra dans la lutte suprême de Byzance avec les Turcs
que le spectacle du sultan, poussant contre une poignée de bra-
ves ses innombrables phalanges ; que le « janissaire Hassan éta-
lant, en montant à l'assaut, sa stature et sa force gigantesques. »
Mais ce Constantin qui, abandonné de tous, ne s'abandonna pas
lui-même et ne désespéra pas du salut de son Empire; mais ce
chef généreux qui, par sa valeur et son activité, sut rendre formi-
dable aux assaillants une résistance qui semblait impossible ; mais
cet empereur qui s'ensevelit sous les ruines de sa capitale, au
pied de laquelle il devait trouver, avait-il dit, un trône ou un
tombeau, l'historien philosophe ne l'honorera pas même d'un
regard et ne trouvera pas sous sa plume un seul mot pour faire
ressortir une fin si héroïque, si supérieure à tout ce qu'il y a
de plus grand dans l'antiquité.
   Encore, si Gibbon se bornait à cette inqualifiable froideur
dans un récit capable d'émouvoir les âmes les plus glacées.
Mais que dire de cette réflexion qu'il se permet en racon-
tant les abus de la victoire : que, parmi les Religieuses arra-
chées des autels et entraînées demi-nues, « il faut croire qu'un
petit nombre avait la tentation de préférer le sérail à leur monas-
tère. » Ici, nous ne nous contenterons pas de dire à l'historien
philosophe, avec M. Villemain : « il faut que vous ayez un bien
grand fonds de gaîté, une ironie bien inépuisable, pour rire ainsi,
au milieu des ravages de la force, du sang et des morts, » nous
ajouterons.- vous insultez à la fois ce qu'il y a de plus saint au
monde, la religion, la vertu et le malheur !
   Écrite de la sorte, sans principes ni de religion ni de .morale,
sans aucune vue généreuse, l'Histoire de la décadence et de la
chute de l'Empire romain fait douter si l'auteur était un hon-
nête homme. Chez lui, le succès est tout, le reste rien ; le crime
qui réussit obtient l'estime qui n'est due qu'à la vertu, et la
vertu malheureuse est bafouée. Dans le cours d'un récit qui
embrasse une période de quinze siècles, des événements si nom-
breux, si variés, le lecteur ne rencontre aucune réflexion élevée
pour le soulager du poids des émotions pénibles qu'il éprouve ;
il ne découvre aucun de ces traits à la manière de Tacite qui