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SUR LE TOtJVOIR TEMPOREL DE LA PAPAUTÉ. 55 mais ses successeurs y gagnèrent bientôt une supériorité déci- sive. L'empereur Henri V. qui continuait la lutte de son père, finit par comprendre que la partie n'était pas égale entre le pape et lui, que les forces de son adversaire allaient toujours crois- sant, tandis que les siennes diminuaient d'une manière sensible, et il ne songea plus qu'à faire la paix. Cette paix célèbre eut Heu sous le pontificat de Calixte IL Ce pape en dicta les condi- tions. La principale fut que l'empereur renoncerait pour toujours aux investitures (1). Personne ne doute qu'Henri V, en reconnaissant par cette paix l'indépendance de l'Eglise, n'ait consacré en même temps la su- zeraineté de l'Eglise sur l'Etat, but suprême de Grégoire Vil ; car les papes avaient soutenu leur cause avec des moyens qui supposaient évidemment cette suzeraineté. Mais tous ne con- fessent pas également la légitimité de cette suprématie. 11 en est un certain nombre qui la' regardent comme une usurpation. Il est aisé, sans doute, de taxer d'usurpation l'autorité pontificale au moyen-âge ; il ne l'est pas autant de faire voir comment elle était une usurpation. Leibniz, ce protestant si éclairé et si grave, ne la juge pas de cette manière, quand il dit : « Les arguments de Bellarmin qui, de la supposition que les papes ont la juri- diction sur le spirituel, infère qu'ils ont une juridiction au moins indirecte sur le temporel, n'ont pas paru méprisables à Hobbes lui-même. Effectivement, il est certain que celui qui a reçu une pleine puissance de Dieu pour procurer le salut des âmes, a le pouvoir de réprimer la tyrannie et l'ambition des grands qui font périr un si grand nombre d'âmes (2). » Du reste, ce grand écrivain n'envisage pas seulement la suzeraineté des papes sur les rois au point de vue philosophique ; il l'envisage encore au point de vue historique, et montre ainsi qu'elle n'était pas moins fondée sur la nécessité des temps que sur la raison. Dès la pre- (1) Otto Frisiiig, 1. VIT, c. XVI. — Sigon., Hisi. de Regno lialiœ, 1. X , ad ami. 1122. — Slruv., period. VI, p. 410. (2) Pensées de Leibniz, par l'abbé Emery, Paris, 1803 , iii-8, t.'II, p 407.