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LA REVUE LYONNAISE Comment, sans cesse à lire appliquant ton esprit, Tu sçais trouver le tems d'écrire, Et comment, ayant tant écrit, Tu sçus trouver le tems de lire. Son logis était le rendez-vous de tous les savants et de tous les beaux esprits de la province. Les Morisot, les Févret, les Frêmyot, les Joly, les Lantin, lesBernardon, les de la Mare, les Brûlart même, c'est-à -dire les membres les plus distingués et les plus érudits du parlement dijonnais, ceux qui se piquaient le plus de curiosité et de belles-lettres, venaient le voir et lui demander conseil. Cependant, il faut l'avouer, on l'exploitait bien un peu, et si l'on se mon- trait très empressé à recueillir dans sa mémoire, toujours ouverte comme ses livres, d'utiles renseignements historiques et généalo- giques, on l'était un peu moins à lui en offrir le prix. Peu flatteur du reste par caractère, il avait parfois une sincérité brusque qui moles- tait les vanités et désarçonnait les prétentions nobiliaires. On en trouve la preuve dans les lignes suivantes placées à la première page du tome IX de ses Mémoires par M. Joly, marquis de Blaisy, président au grand conseil, à Paris : « Lorsque j'achetai les manuscrits de M. Palliot, je ne connoissois pas encore tout ce qu'ils pouvoient valoir. Il en avoit apporté à Paris deux ou trois volumes qu'il avoit fait voir à des personnes de consi- dération et à des gens habiles et curieux qui en avoient fait fort grand cas. Il vouloit bien les vendre, mais il ne pouvoit se résoudre à les livrer pendant sa vie, ce qui fut cause qu'il ne conclut aucun marché, quoiqu'on luy en offrist de l'argent assez considérablement. Je fis un voyage à Dijon, à mon ordinaire, pendant les vacances de 1684, etJ ayant été le visiter, je le trouvai dans son cabinet, où il me fit de grandes plaintes de l'ingratitude de la province, qui n'avoit jamais reconnu le mérite de son travail et toutes les peines qu'il primés, et toutes les légendes écrites en parchemin et vélin, dont il chargea un âne qu'il fit conduire â Dijon, et qu'il vendit au sieur Palliot et autres libraires et relieurs. »