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406 LA REVUE LYONNAISE dans ce sentiment géocentrique compatible, d'ailleurs, avec un vif sentiment poétique de la nature : une terre plate comme un tambour de basque, surmontée d'une cloche bleuâtre, dans laquelle demeu- raient les dieux, les astres et les nuées; les dieux, les demi-dieux, resserrés dans cette étroite enceinte, se mêlaient aux hommes, et donnaient au ciel et à la terre une radieuse jeunesse. C'était le temps où Homère, décrivant le bouclier d'Achille, y mettait, sous la voûte du ciel, une série de scènes pastorales, avec les dieux pour acteurs. Pour aller un peu plus loin, il fallut, comme Pythagore, recourir aux longues séries d'observations astronomiques que les prêtres de Babylone ou d'Egypte accumulaient pieusement dans leurs temples. Ces premières notions, si contraires, en partie du moins, au témoignage des sens, ont éveillé la philosophie et donné naissance au puissant mouvement scientifique qui a abouti à Aristote et à Ptolémée, en laissant l'initiateur Pythagore de côté. Mais que de chemin à parcourir, que d'efforts à accumuler pour arriver, par une lente et pénible progression, jusqu'à la révolution opérée par Copernic, qui, le premier, assigna à la terre sa vraie place, et repoussa, bien loin du monde solaire, les étoiles dans les profon- deurs de l'espace. Et, cependant, Copernic lui-même n'avait fait que répandre les idées d'Aristote, qui, chose vraiment singulière, n'avaient pas cessé un instant, dans ce long intervalle, de jouir d'une autorité absolue dans le monde savant. Pour donner une idée de cette autorité, à cette époque relativement récente, il' suffit de citer l'histoire du P. Schneider, qui venait de découvrir les taches du soleil, avec la lunette d'approche récemment inventée en Hollande. Il alla raconter son observation au P. Budée, son pro- vincial, qui lui répondit : « J'ai lu et relu bien souvent mon Aristote, et je puis vous certifier qu'il ne s'y trouve rien de pareil. Allez, mon fils, tenez-vous l'esprit en repos. Les taches que vous croyez avoir vues au soleil étaient dans vos yeux ou dans votre lunette. » Mais revenons à la question posée plus haut. Nous pouvons lui répondre, en constatant tout au moins que la série des vérités acquises, ou paraissant acquises définitivement, a l'avantage incontestable de nous dépouiller petit à petit de ces préjugés ou de ces illusions. Ce