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376                      LA REVUE LYONNAISE

de ce dernier, sans même qu'il s'en doutât, son aide et son com-
plice.
    Christophe Hermann de Rosswurm appartenait à une famille de
militaires qui avait bravement soutenu la maison d'Autriche dans sa
lutte contre les Turcs. Il avait lui-même guerroyé en Hongrie, et
avait pris part, en France, aux batailles de Jarnac et de Moncontour,
Ses qualités, comme ses défauts, étaient ceux d'un soldat de son
temps : une grande bravoure, à la guerre, et, dans la vie privée, des
 mœurs fort relâchées. C'était une aventure galante qui l'avait brouillé
 avec Belgiojoso. Une nuit que Rosswurm dînait chez son ami Wen-
 ceslas Kinsky, une des victimes de Lang, comme on l'a vu plus
haut, Furlani, profitant de l'occasion, vint le prévenir de se tenir sur
 ses gardes, parce que Belgiojoso l'attendait dans la rue pour lui faire
 un mauvais parti. Belgiojoso s'y promenait, en effet. Il ne tramait
 rien, en réalité, contre le feld-maréchal ; mais l'accusation, pour
 être fausse, ne manquait pas de vraisemblance. Rosswurm y crut.
 En sortant de chez Kinsky, il prit ses pistolets, et fit marcher devant
 lui Furlani et deux de ses domestiques. Belgiojoso, les voyant arriver
 et ne se doutant de rien, adressa la parole amicalement à son compa-
 triote Furlani. Mais celui-ci, au lieu de lui répondre, lui tira un coup
 de pistolet. Belgiojoso, blessé, mit l'épée à la main. Rosswurm, qui
 arrivait à l'instant, se croyant attaqué par son rival, lui tira à son
tour trois coups de pistolet, et Furlani l'acheva en lui tirant encore
par derrière une balle dans la tête. Il ne fut plus question de Furlani ;
il alla sans doute toucher le prix de sa trahison. Quant à Rosswurm,
qui s'était cru attaqué et n'avait voulu que se défendre, il fut arrêté.
Il aurait pu se sauver en donnant au valet de chambre la moitié de
sa fortune, qui était considérable. Mais il crut qu'il suffisait d'être
innocent : il se trompait. Etant riche, il avait tout à craindre d'un
coquin tel que Lang. Comme le meurtre de Belgiojoso n'aurait
peut-être pas suffi pour le faire condamner à mort et pour confis-
quer ses biens, le valet de chambre, qui n'avait garde de laisser
échapper la riche proie que le hasard lui offrait, le fit accuser d'avoir
voulu assassiner l'Empereur et d'avoir négocié avec le Sultan. Les
parents de Rosswurm vinrent à Prague pour le défendre : ils en.