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372 LA REVUE LYONNAISE
plus près et leur rendent les plus humbles services. Ne songeant qu'Ã
eux-mêmes et à leur bien-être personnel et immédiat, ils ont quelque
chose de l'animal qui s'attache à qui le soigne. Un souverain de ce
genre préfère un valet, qui lui épargne une légère souffrance ou lui
procure un plaisir, à un homme d'État qui l'aide à gouverner, ou Ã
un général qui lui gagne des batailles.
Lang n'était pas encore assez sûr de la faveur impériale pour agir
seul. Il s'entendit d'abord avec le premier valet de chambre Ma-
chowsky. Ils étaient dignes l'un de l'autre. C'est ainsi qu'ils ache-
tèrent à un certain Mathias Kratsch des bijoux qu'ils ne payèrent
pas. Lang se lassa bientôt d'une association qui limitait ses profits.
Par suite de ses calomnies, le premier valet de chambre perdit sa
charge et ses biens (1603). Les biens confisqués appartenaient alors
à l'empereur; Lang se fit donner ceux de Machowsky, ainsi que sa
charge.
Devenu à son tour premier valet de chambre, il ne tarda pas Ã
s'emparer complètement de l'esprit de Rodolphe II, et à l'isoler de
tout le monde. Nul ne put désormais aborder l'empereur que par
son intermédiaire. Le premier ministre Khlésel, les plus proches
parents de Rodolphe, ses frères les archiducs, furent obligés de
recourir à lui. Sa puissance devint si grande que le roi de France
lui-même, Henri IV, crut devoir lui envoyer une médaille d'or avec
son portrait. Il était devenu comme le geôlier de l'empereur. Lors-
qu'une personne avait obtenu une audience, Lang, toujours présent
dans l'antichambre, recevait lui-même la demande, entrait chez
Rodolphe II, et, sans lui en avoir dit un mot, rapportait, comme
venant de son maître, la réponse qu'il lui plaisait de donner. Il était
le canal de toutes les grâces, ouvrait toutes les lettres, y répondait,
se faisait tout payer. Il disposait souverainement de toutes les places,
principalement de celles de la cour, qu'il vendait au plus offrant. Peu
importait la capacité ; il ne recherchait que son profit-. Payer ne
suffisait pas : il fallait plaire, et l'on était toujours à la merci d'un
caprice. Un jeune homme, nommé Flach, étant venu à Prague avec
l'intention d'obtenir une charge dans la domesticité impériale, Lang
lui demanda 500 florins. Flach ne les avait pas; il vendit un petit