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                       SUR LE PONT DE SAÔNE                     145

prêter aussi qu'illégale, d'honnêtes officiers de justice
avaient commencé contre eux une information, ils osèrent
porter plainte au roi contre ces magistrats, taxant de persé-
cution la plus juste et la plus nécessaire des poursuites.
   Que fit Charles VI ? Il eut la faiblesse de rendre une
ordonnance qui est, à la fois, un monument et des absences
d'esprit de ce prince et de l'audace des Juifs du x\'Le siècle,
   Faisant droit à leur requête, le roi met à néant l'instruc-
tion commencée contre eux, leur accorde amnistie complète
pour toutes les extorsions qui leur sont reprochées ; et de
plus, fait défense expresse, pour dix ans, à tout procureur
de les rechercher pour avoir pris l'intérêt des intérêts ou
contrevenu, de quelque autre manière que ce soit, aux
règlements qui les concernent. Ainsi, pour dix ans, les Juifs
étaient placés, en France, au-dessus des lois et de la justice.
Pour dix ans, la fortune des particuliers était à la discrétion
de ces insatiables usuriers (34). Sans doute, ce n'était pas
gratis que des faveurs aussi injustifiables leur étaient accor-


aux seneschaux de Thoulouse, Eeaucaire et Carcassonne et aux conservateurs
des privilèges des Juifs en notre pays de Languedoc, du 4 février 1393.
   (34) Lettres dn 10 février et du 16 février 1388. « ... Octroyons que,
jusqu'à dix ans, aucuns prevosts, procureurs ni officiers n'auront cour
ne commission des Juifs, ne les pourront approcher ne traire à amendes
pour cause... de faire ou avoir fait montes de montes ne d'autres abuz
ainsi qu'il les voudra d'aucune chose accuser
   u Si donnons mandement à notre Prévôt de Paris et à tous nos autres
officiers et justiciers qu'ils fassent, laissent et souffrent dorénavant jouir
et user pleinement et paisiblement, pendant lesdits dix ans, lesdits Juifs
et Juives sans les troubler ou empêcher, en aucune manière, et impo-
sons silence auxdits prévôts, procureurs et officiers. »
   Cf. Lettres du 13 juillet 1393 portant rémission aux Juifs de la
 Languedoïl, moyennant finance, de tous « les griefs et extorsions
 desquels le procureur du roi avait intention de les approcher, c'est
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