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498                    LE PÈRE DE LA CHA1ZE.
Compagnie de Jésus, livres écrits, presque tous, en latin, perdus
au fond des bibliothèques, oubliés pour la plupart, et ils en
tirèrent toutes les propositions isolées qui pouvaient offrir ma-
tière à la malignité de la critique. Ce furent ces notes sans
liaison et sans suite qu'ils livrèrent à Pascal.
   Or, il résulte des recherches minutieuses des PP. Annat et
Daniel, et des travaux plus récents de M. l'abbé Maynard et de
M. Cretineau Joly (i), que la plupart des propositions citées par
Pascal sont: au falsifiées ou mutilées à plaisir, que plusieurs
sont posées comme des arguments de thèse, et résolues précisé-
ment dans le sens contraire par les auteurs incriminés.
   « Pour bien apprécier la méthode de Pascal dans la citation
des auteurs, dit M. l'abbé Maynard, il ne faut pas s'en rapporter
à ses protestations, quelle qu'en soit l'éloquence et l'apparente
sincérité          soit qu'il ait été victime de ses amis, de ses
passions jansénistes, ou même de son art infini, nous avons pu,
dans la longue étude que nous avons faite des Provinciales (2),
le prendre maintes fois en flagrant délit de falsification. De temps
en temps, nous l'avouons, il faut y regarder de près, et les gens
du monde, les amateurs littéraires qui se pâment d'admiration
devant le talent de Pascal sur une lecture légère et qui ne va pas
au fond des choses, se font une idée bien incomplète de sa pro-
digieuse habileté. Il cite à faux quelquefois, mais le procédé eut
été trop grossier et trop facilement perceptible pour être souvent
employé. Il a recours à d'autres moyens qui ne sont pas moins,
pour cela, de véritables falsifications. Il traduit avec infidélité,

  (1) Voir les Entretiens de Clêandre et d'Eudoxe , par le P. Daniel.
Bruxelles, in-12. Henri Frick, 1698. — Hist. de la Compagnie de Jésus, par
M. Crét. Joly, t. 4. — Les Provinciales, annotées par M. l'abbé Maynard,
2 vol. in-8°. Paris, Didot, 1851.
   (2) Nous engageons vivement le lecteur qui voudrait s'éclairer à fond
sur le peu de solidité du fameux pamphlet janséniste, à lire les Provinciales
annotées par M. l'abbé Maynard, chanoine de Poitiers. Cet ouvrage (2 vol.
in-8°, Paris, 1851, Firmiu Didot), où toutes les questions les plus délicates
sont approfondies par le savant et consciencieux écrivain, détruit de fond
en comble l'échafaudage élevé avec tant d'art, par Pascal et par ses amis.