Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
  496                         PÉLOPONÈSE.
  peler un de ces moines, qui le connaissaient tous, et voyaient
  en lui un de leurs plus redoutables défenseurs. Il remit cet en-
  fant au moine, et lui dit : • Cet enfant est turc ; son père et sa
                                 <
  mère sont morts , c'est moi qui les ai tués. Je l'adopte et te le con-
  fie pour quelques années. Baptise-le de suite. Plus lard, quand il
  pourra comprendre tes paroles et y répondre, élève-le dans la
 crainte du Seigneur, l'amour de la Vierge et la haine des infi-
  dèles. Mais qu'il ignore toujours ce qui s'est passé, et garde-toi
  de le dire à qui que ce soit. Je te rends responsable de ce secret
  sur ta vie. » Puis il repartit pour se livrer contre les Turcs à de
 nouveaux combats, où il déploya son ancienne valeur unie à une
 constante humanité.
     La fin de la guerre approchait lorsqu'il revint au monastère
 d'Argos , où il trouva que ses instructious avaient été fidèlement
 suivies. Il prit alors l'enfant avec lui, et eut encore le temps d'a-
 chever son éducation de Grec et de chrétien en lui faisant pren-
 dre part aux derniers combats contre les Turcs. Quand la paix fut
 définitivement rétablie, il continua à mener une vie errante, et
 associa pour toujours à son sort celui de son fils adoptif. Depuis
 cette époque, ils parcourrent tous deux les montagnes en liberté,
vivant de leur chasse et de l'hospitalité que les plus riches comme
 les plus pauvres sont heureux de lui offrir. » —
    Quand mon guide eut fini de parler, je lui demandai si le se-
cret, qui entoure l'origine de cejeune homme avait été constam-
ment gardé, et si aucune parole n'était venue élever des doutes
dans son esprit. « Peu d'hommes, me répondit-il, connaissent
ce mystère. S'il en est qui le sachent, ils ne sont guère tentés de
le révéler, parce qu'ils savent bien que Statuas punirait sans
retard leur indiscrétion. Ils n'ont, d'ailleurs , aucun désir d'allu-
mer la haine de cejeune homme contre un vieillard qu'ils aiment,
qu'ils respectent, et dont le front porte une cicatrice qui at-
teste qu'il combattit en héros pour l'indépendance de la patrie.
Quant à moi, je la tiens du moine à qui Jean Stathas avait confié
cet enfant. Ce moine, ayant survécu à la ruine de son monas-
tère , vint s'établir à Athènes, où je l'ai connu longtemps, et où
il est mort depuis quelques mois. »              EUGÈNE YÉMENIZ.