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                          Ali MOYEN AGE.                         475
sines, pour ne rien dire des guerres étrangères, qui ont fait du
XlVe siècle et de la première partie du XVe, l'âge héroïque de
 notre histoire. Voilà pour l'ordre matériel. Dans l'ordre moral,
 devons-nous rappeler, outre les querelles plus purement poli-
tiques, les schismes, les hérésies, d'autant plus nombreuses
alors que quiconque s'attaquait à une partie de l'ordre établi,
s'attaquait à l'église. Il ne faudrait rien moins que refaire l'his-
toire entière de plusieurs siècles, pour épuiser un tel sujet.
Et c'est ici qu'une étude calme et impartiale dissipe bien
vite des préjugés sans fondement. Je ne voudrais pas jeter la
pierre au moyen-âge, mais s'il fallait faire la somme des jours
heureux et des jours néfastes, je suis convaincu que notre
époque n'aurait rien à envier à celle-là, et que l'humanité, grâces
au ciel, est loin de tourner dans un cercle sans issue.
   Que la foi ait été vive alors ; qu'à la voix des pontifes, d'écla-
tants miracles aient pu s'accomplir. Sans doute ; ce n'est pas en
vain que la religion embrassait comme l'universalité des sciences
humaines, en même temps que l'Eglise absorbait en quelque sorte
l'humanité entière dans les plis de sa robe. Personne ne conteste
un fait dont il nous reste tant de témoignages manifestes. Mais
rappellerai-je un heureux exemple cité de nos jours aux admira-
teurs aveugles du passé. L'œuvre la plus grande et laplus incom-
préhensible du moyen-âge, le poëme du Dante, qui en est une
sorte de Bible inspirée, ne nous donne-t-elle pas la mesure de
ce que doivent être ces regrets. À côté de cette inspiration ma-
gnifique et qui coule à flots, quelles sombres peintures? quelles
passions encore empreintes de barbarie ? Si l'on juge la réalité
d'alors par le tableau qu'une imagination immortelle en a pu
tracer, qui voudrait retourner à cet enfer ?
   J'ai eu l'occasion de caractériser le travail intellectuel du
moyen-âge tel que je me le représente. Certes, il n'a pas man-
qué à cette époque, et au XIIIe siècle particulièrement, un remar-
quàble développement de l'esprit humain. 11 y. avait alors de la
science, de la hardiesse dans les écoles. La théologie et la légis-
lation ont eu de célèbres interprètes, tandis que l'histoire et
la poésie ont aussi jeté quelque éclat. Mais rappellerai-je le vice