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47Q DE LA PUISSANCE ECCLÉSIASTIQUE.
forme des mœurs et accélérer le mouvement des esprits. C'est-
à -dire qu'ils combattaient pour la civilisation contre un pouvoir
toujours moins éclairé qu'eux. Ce qu'ils représentaient, c'était,
avec le droit, l'intelligence et les lumières.
Quand on parle au moyen âge de théocratie, il n'y en avait
pas d'autre. L'arbitrage entre les princes chrétiens , dont les
querelles furent souvent apaisées ainsi, n'était qu'une extension
de l'autorité judiciaire de l'Eglise. La prédication des Croisades,
qui souleva des armées si nombreuses à la voix de quelques pon-
tifes , est l'œuvre d'une politique habile sans doute et constante,
mais dont il faut faire honneur à la supériorité personnelle des
anciens papes plus encore qu'Ã leur pouvoir ; car ils n'agirent
là que par la persuasion seule ; ce fut par la pensée et la pa-
role qu'ils remuèrent le monde. Le rôle qu'ils jouaient alors
était celui des orateurs, des diplomates et des conseillers des
couronnes dans notre Europe moderne. Si la direction suprême
des affaires de la chrétienté leur a longtemps appartenu , c'est
moins peut-être en vertu de leur titre pontifical, car ils n'étaient
pas plus puissants que ceux, de leurs prédécesseurs qui n'avaient
pas exercé le même empire ; c'est moins, dis—je, en vertu de leur
titre pontifical que par le droit du génie , et parce qu'ils étaient
les plus grands hommes de leur siècle.
Voilà la théocratie du moyen âge. Au fond, la papauté n'avait
pas d'attributions reconnues autres que celles qu'elle a conser-
vées aujourd'hui ni supérieures à celles des couronnes. Puis-
sance d'opinion , elle ne régnait que par l'opinion , qu'elle était
obligée de conquérir toujours ; elle vivait donc éternellement
sur la brèche, elle moyen âge, loin d'être pour elle le temps
d'un triomphe sans conteste et sans partage. était autant que
toute autre époque un temps de combats, de luttes et d'épreu-
ves, dont elle n'est même sortie victorieuse qu'après des résis-
tances inlinies.
Il y a longtemps qu'on a remarqué le contraste de l'influence
des papes dans les erands événements de l'Europe et de leur
faiblesse matérielle dans leurs propres Etats. Crégoire VU et
Alexandre 111 étaient chassés de Home et n'avaient pas un soldai,