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               ÉTUDE SUR L'HISTORIEN GIBBON.                  401
et dans lesquelles les doctrines les plus saintes, les personnages
les plus respectables sont indignement persiflés? plaisanteries
aussi contraires au bon goût que blessantes pour la gravité de
l'histoire. Est-ce dans ce style épigrammatique qu'ont écrit les
grands maîtres de l'antiquité? Il faut laisser aux comiques le
soin de faire rire: l'historien a un autre rôle à remplir, celui
d'instruire, d'éclairer.
    C'est ainsi que le philosophisme a faussé, dégradé, le talent
 d'un homme incontestablement supérieur. Quand est-ce que l'on
 •voudra comprendre que la foi seule rectifie le jugement, élève
les idées et prête aux facultés morales de l'homme cette honnê-
 teté qui le rend estimable?
    Nous avons été sévère, sans doute, envers Gibbon, et nous
 devions l'être, car il fallait faire connaître un écrivain dont le
 mérite prête à l'erreur une séduction qui la rend infiniment,
 dangereuse. On admirera toujours dans Gibbon l'étendue de
 l'érudition, la profondeur de la science historique, l'ampleur de
 la conception, l'art de faire ressortir les grands faits, celui de
 grouper les faits accessoires, l'élégance et la couleur du style ;
 mais, après l'avoir lu, on ne l'aimera jamais.
                                      L'abbé CHRISTOPHE.