Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                       JACQUES LISFRANC.                       309
qu'ils étaient à l'hôpital. Il leur continua des secours jusqu'à ce
que leur pain fut assuré.
   Et si nous fouillons encore plus avant dans ce cœur, il est bien
d'autres révélations qui l'honorent et que nous ne saurions
taire. Les enivrements de Paris ne lui avaient jamais fait oublier
les joies simples de la famille et empêché qu'il ne regrettât tou-
jours son village. Ces personnes et ces lieux aimés lui étaient
toujours présents. Sa correspondance est, sous ce rapport, celle
 d'un tendre écolier rêvant les vacances auprès de parents chéris,
 et à travers ses champs dont le souvenir est toujours là.
    Lisons une de ces lettres, peut-être la moins expansive, quoi-
 que écrite à une sœur, Mme Jalabert née Lisfranc, qui lui aurait
 tout pardonné, excepté la froideur et l'indifférence :

          « Ma chère amie,

   « Il est neuf heures du soir ; où es-tu ? que fais-tu ? loin du
faste des grandeurs de ce monde, tu vas probablement te cou-
cher et tu te lèveras demain tranquille et paisible, en présence
du solitaire et majestueux peuplier qui te prête son nombre
contre les ardeurs de cet été. Aucun souci, aucune ambition,
aucune bataille à livrer, aucune calomnie à éviter, aucune envie,
aucune jalousie à écraser, aucune nuit à passer; j'envie ta des-
tinée, je suis las de quelque gloire, d'un peu d'honneur, de suc-
cès ; ils coûtent trop cher ; ils ne font vivre que par la tête.
Ah ! que j'aurais mieux fait d'aller planter des choux dans le
fond d'une province !
   « J'ai peut-être un nom, j'ai de la fortune, il ne m'est pas
plus possible d'en jouir que si je n'en avais point; car, pour ne
pas descendre, pour soutenir ce premier rang, pour vivre aussi
 dans cette postérité qui n'est qu'une pauvre chimère, je n'ai
 dormi depuis six mois que deux ou trois heures par nuit ; heu-
reusement ma constitution de fer, de platine, n'en éprouve au-
cune altération ; jamais ma santé n'a été meilleure. J'ai vu au-
jourd'hui les Montmorency, les d'Aligre, les Larochefoucauld et
 tant d'autres ; on m'a comblé de soins, de politesse, de préve-