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                        JACQUES LISFRANC.                      303
 splendeurs du trône de Napoléon et des royautés fraternelles,
 Hortense resta à Paris où elle fut de la part des alliés l'objet
 des plus délicates attentions, bien qu'elle ne reniât pas le culte
 du passé. Louis XV11I disait de la duchesse de Saint-Leu :
 « Je m'y connais et je n'ai jamais vu de femme qui réunisse
à tant de grâce des manières si distinguées. »
    Hortense était musicienne habile ; ses romances chevaleres-
ques, par elle aussi bien composées que chantées, toutes au
 goût aventureux de la France d'alors, ajoutaient à la couronne
qui ceignait cet adorable front un talisman dont nulle princesse
encore n'a su saisir le charme.
    Mais tous ces avantages de beauté, d'éducation et de nais-
sance non seulement n'étaient pas assez puissants pour vaincre
la nostalgie et conjurer les langueurs de l'exil, les duretés des
proscriptions et mille péripéties survenues ; dans ces avanta-
ges se trouvait au contraire l'élément destructeur de cette
belle existence, le ver rongeur de cette nature parfaite. Le re-
mède infaillible eût été la gloire et la prospérité actuelle de son
fils au milieu des fêtes de Paris.
   Lisfranc passa quelques jours au Château d'Arenenberg en
Turgovie, où son art fut cependant d'un grand secours, et cette
illustre cliente à coup sûr aurait triomphé de son mal, si les
événements insurrectionnels de Strasbourg et leur fin malheu-
reuse ne l'eussent obligée de rêver un voyage en Amérique
plutôt qu'un retour en France. Six mois après la visite de son
docteur, ses forces s'épuisèrent totalement. A la simple préoc-
cupation de ce fatal avenir, Hortense mourut à Viry, chez Mme la
duchesse de Raguse, le 5 octobre 1837.
    C'était donc l'époque où cette étoile, dont nous avons parlé,
pâlissait. Loin de déclarer qu'il ne s'était rendu à Arenenberg
que comme cédant à la nécessité d'un impérieux devoir de
profession, Jacques Lisfranc proclamait sa visite comme un des
incidents les plus heureux de sa vie, et le souvenir de la prin-
cesse Hortense, comme celui de ses dames d'honneur, leur
résignation , l'éloignement d'un monde qu'elles étaient faites
pour embellir, leur accueil gracieux, toutes ces choses occu-