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                       JACQUES L1SFRANC.                        293
poids de cette accusation d'hostilité cynique, vaniteuse et sans
frein comme sans motif contre Dupuytren.
   C'est en l'année 1812 et à l'âge de 23 ans que Lisfranc fut
reçu docteur. Sa thèse inaugurale passée, il allait s'établira
Paris, lorsque les nécessités de la guerre le forcèrent à partir
comme chirurgien d'armée. A cette époque, cette guerre était
désastreuse pour la France. Nos armées, toujours à l'attaque
depuis quinze à vingt ans, ne songeaient presque plus qu'à la
défensive. La défection chez nos alliés commençait à rendre no-
tre position périlleuse, et il ne se livrait plus de batailles sans
qu'elles ne fussent horribles et sanglantes. Après avoir fait la
campagne de Dresde, il rentra eu France où il fut attaché,
comme médecin de première classe, à l'Hôpital militaire de Metz.
— Là, frappé du typhus qui désolait notre malheureuse armée,
Lisfranc, qui n'écoutait que son zèle, fut sur le point de succom-
ber ; à deux doigts de sa perte, il dut aux soins d'amis affec-
tueux son retour à la santé. La générosité de son cœur lui ob-
tint des échanges en ce genre, échanges sauveurs dont il aima
toujours à se retracer le souvenir.
  Quand la fin de la guerre l'eut rendu à ses travaux et à ses
habitudes, il entreprit de se tixer à Paris. Il chérissait son pays
natal ; mais, à Saint-Paul, déjà son père absorbait la clientèle
des environs, et cette clientèle, ensuite, devait être le lot de son
puîné, dont les dispositions précoces faisaient pressentir que
cette honorable filiation médicale se continuerait très-bien en la
personne du jeune Emile Lisfranc. Paris, d'ailleurs, le centre des
merveilles, des réputations européennes, des clientèles royales,
de celles d'outre-mer alors si recherchées, surexcitait l'ambition
de Lisfranc. 11 eût été mal à l'aise dans un bourg et sur un
théâtre où cette ambition n'aurait pas été satisfaite. 11 lui fallait
Rome ou le désert ; et Saint-Paul n'était point le désert ; Rome
encore moins.
  Pour arriver à conquérir ce qui devrait satisfaire, au milieu
de tant de noms illustres, cette même ambition, il ne songea pas
aux petits moyens, aux ruses du métier ni aux dissimulations
d'un talent incertain et douteux ; en somptueux étalagiste, qui