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330 LE PAGE DU BARON DES ADRETS.
Mais pour les grandes expériences que lui promettait
sonconseiller, pour les évocations qui devaient le mettre
en communication avec le monde invisible, tous les em-
placements n'étaient pas également convenables ; il fallait
des conditions d'isolement et de silence, qu'il n'était pas
facile de découvrir dans une ville agitée et populeuse. Les
caveaux du couvent de l'Ile-Barbe parurent un Heu
propice. Il fut convenu qu'après le pillage du monastère,
et avant que les soldats n'eussent quitté.l'île avec leur
butin, les deux complices descendraient dans les caveaux
mortuaires, et là , au milieu des tombes saintes, en pré-
sence de la mort, se livreraient à leurs coupables incan-
tations.
Sous l'église, un vaste caveau s'étendait, creusé, en
partie dans le roc et poussant au loin des ramifications.
Là , depuis des siècles, les moines de l'Ile-Barbe dor-
maient de leur dernier sommeil, consolés par la prière
de leurs frères et gardés par le respect de tous. Le si-
lence de ces voûtes n'était jamais interrompu que par les
cérémonies de certains jours, ou par l'arrivée.d'un père
qui, enveloppé de son linceul, venait prendre place Ã
côté de ses compagnons et se reposer des fatigues de la
vie dans le repos de l'éternité.
Cette nuit, l'église résonna de pas insolites; les portes
du caveau furent ouvertes par des mains irrespectueuses
et violentes, et, au lieu des sandales accoutumées, des
chaussures garnies de fer foulèrent les marches qui des-
cendaient vers les tombes.
Polidino marchait le premier, tenant d'une main une
torche et de l'autre une boîte couverte de lames d'aciers
derrière lui, farouche, marchait le baron des Adret ;