Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
314                       BIBLIOGRAPHIE.

Il dépense sa fortune à faire copier des manuscrits grecs et
latins. Ce réveil a lieu, en Italie, pendant que le reste de l'Europe,
encore engourdi, achève son long sommeil dans ce long hiver
qui dura mille ans et plus. Mais l'heure est venue ! le xve siècle
marque pour la France et l'Allemagne le commencement de la
Renaissance.
    M. Pélrequin, dans l'introduction magistrale de son livre, trace
le tableau saisissant du mouvement qui entraîne les esprits avec
une ardeur sans pareille à la découverte des restes de l'antiquité.
Ce mouvement, par suite d'une prévision admirable, se produit
juste au moment où il est le plus nécessaire, où il peut le mieux
 servir les intérêts de la civilisation.
    L'Europe, ainsi préparée, pourra recueillir et féconder à son
tour l'héritage que va lui léguer l'Orient. Deux événements
 d'une portée sans égale et dont l'un est le contre-poids de
 l'autre, s'accomplissent presque en même temps : La prise de
Constantinople par le.s Turcs et l'invention de l'Imprimerie.
    Le flambeau qui éclaira la Grèce s'éteint sous les pieds de
 Mahomet II pour se rallumer dans les mains de Gutenberg. Les
 Grecs fugitifs se répandent dans l'Europe, emportant avec eux
 les copies et les manuscrits précieux qui, échappés à tous les
 dangers, vont se multiplier à l'infini et prendre la forme impéris-
 sable du livre. Ces étrangers venus d'Orient, comme autrefois
 les dieux chassés du ciel, se font les instituteurs des peuples
 qui leur donnent l'hospitalité. Jean Lascaris ouvre une école où
 Budé et Danès viennent s'instruire, pendant que son frère Cons-
 tantin se rend à la cour de Milan pour enseigner le grec à la fille
 du duc François Sforza, la belle Hippolyte. Elle aussi, cette en-
 fant, est prise de la soif de tout le monde, et veut boire à la coupe
 d'ambroisie !
    Ces deux Lascaris, ces hôtes illustres, l'un tenant à la main
 une grammaire, l'autre un rouleau de papyrus, ne sont-ils pas
 la personnification du génie grec, ce génie initiateur? Et cette
 fille de quinze ans qui, de ses doigts de rose entr'ouvre les
 feuillets d'un vieil Homère, n'est-ce pas l'Aurore qui se lève sur
  ce monde nouveau ?