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366 ÉTUDE DE M. DE CHANTELAUZE. fonds, si saisissants, dont l'improvisation était si rapide, dont l'autorité est restée si durable. On se souvient aussi de son impartialité inaltérable et de son aflable dignité. M. de Chantelauze était aimé et il aimait ses fonctions. H y voyait la couronne de toutes les ambitions judiciaires et le terme de la sienne ; il eût voulu que cette noble her- mine décorât seule sa tombe. Mais on vivait dans un temps qui ne laissait de repos à aucun courage, d'abri a aucune sagesse. La sienne était inaccessible à l'ambition ; elle ne le fut pas au dévoûment. Elle devait être mise bientôt a une rude épreuve. L'orage qui grondait depuis longtemps sur la Restauration était près d'éclater. Le conflit allait s'engager entre la pré- rogative royale et la prérogative parlementaire ; conflit fu- neste a toutes deux, car l'une y périt et l'autre en sortit com- promise par l'excès de son triomphe. Ainsi, les forces de la victoire sont condamnées souvent à lutter contre les périls de l'exemple, et la sagesse la plus dévouée ne suffit pas toujours a conjurer de nouvelles catastrophes. L'expérience a enseigné plus d'une fois la solidarité indissoluble de ces grandes institutions de monarchie et de liberté qui font la sauvegarde des peuples. Heureux ceux qui les savent conserver inviolables, et contre les coups d'état qui sont les révolutions des rois, et contre les révolutions qui sont les coups d'état des peuples. Telle n'était point alors la situation de la France. Aujour- d'hui, après tant d'illusions déçues, de passions éteintes, de périls subis, quand tant d'hommes eminents qui se combattirent alors ont appris a se connaître et a s'estimer par de com- munes épreuves, on se demande comment ce conflit ne put