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218                  NOTICE SUR LE TERRITOIRE

 c'est sous sa direction que j'ai fait mes premières brassées et piqué
 ma première tête. Souvent on partait de la Losne, en bandes
 assez nombreuses, pour faire ce qu'on appelait une déscise, c'est-
 à-dire, descendre le Rhône à la nage. Les baigneurs qui entre-
 prenaient cette promenade, quelquefois assez lointaine, se trou-
vaient, comme on doit le penser, dans un costume un peu
 décolleté. leur apparition sur la lisière du bois donnait au
paysage un aspect étrange et quasi sauvage. 11 faut bien avouer
 que la modestie s'en trouvait passablement offensée; mais la
chose étant reçue, le long de toute la rive gauche du Rhône,
depuis le pont Morand jusqu'à la Losne, il s'ensuit que cette
remonte, en costume héroïque, dans le bois de la Tête-d'Or,
beaucoup moins exposé aux regards du public, pouvait, par
comparaison, être considérée comme très-décente. Au reste, le
gravier qui s'étendait en face du quai Saint-Clair, à une ving-
taine de mètres du rivage, se voyait aussi, durant l'été, couvert
de baigneurs. Je nie souviens même que toute la matinée, et
jusqu'après deux heures, on nageait entre le quai et le gravier,
dans un courant profond qui permettait de plonger de dessus les
marches bordant le talus du quai. Un bac transportait les bai-
gneurs sur le banc de galets, aux flancs duquel était fixé, sans
songer à mal, un bain très-peu confortable pour les femmes,
garanties de la vue et du contact des hommes, par une simple
tente. Je dois le dire à la louange de notre époque, qui a sup-
primé tout nom de rue capable d'effaroucher la pudeur : nous
avons fait de grands progrès dans la décence, et l'état de choses
que je viens de décrire peut paraître incroyable. Mais nous ne
savons plus ce que c'est que la grande natation, et bien peu de
jeunes gens aujourd'hui ont traversé le Rhône à la nage ; tandis
qu'autrefois c'était un exploit extrêmement ordinaire, de tous les
jours, de toutes les heures, et qu'on accomplissait sur tous les
points du fleuve.

                                XVI.

   Il ne faudrait pas voir dans mes regrets un reproche adressé
à l'Administration, au sujet de la création du parc. Au contraire,