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304 UNE PRIMA DONNA
III.
Nous venons de dire que le inari de la prima donna avait
quitté le théâtre, sombre et menaçant. Où était-il allé ? droit
au bureau du journal, pour s'informer de la demeure de Ludovic
de Coulanges, ayant, disait-il avec un sarcasme amer, une agréa-
ble nouvelle à lui annoncer. On lui apprit'que Ludovic était un
jeune homme, fils unique d'une des familles les plus distinguées
de la ville, et qu'il demeurait dans l'hôtel de son père.
Muni de ces renseignements et flanqué de deux témoins qu'il
avait pris sur son chemin, le mari de la prima donna fut intro-
duit auprès de Ludovic de Coulanges, qu'il trouva achevant sa
toilette et se préparant à sortir : c'était un beau jeune homme
de vingt-deux à vingt-trois ans, plein de distinction dans toute
sa personne.
Notre jaloux ne l'en voyait que d'un plus mauvais œil. Il y a
souvent dans la jalousie plus d'amour-propre que d'amour. Tirant
de sa poche les deux journaux qui contenaient la même fable de
La Fauvette et l'Ane :
— Monsieur, dit-il, c'est bien vous qui avez signé cette pièce
de vers dans la feuille de ce jour, que voici ?
— Oui, monsieur.
— Vous êtes donc l'auteur de ces vers?
Le jeune homme rougit.
— Et ces vers signés aujourd'hui étant littéralement les mêmes
que ceux qui ont paru sans signature dans une autre ville et dans
un autre journal, il y a deux ans , il s'en suit que l'auteur
d'une pièce est l'auteur de l'autre...
Le jeune homme rougit encore.
— Ainsi donc, continua notre homme sur le ton du persifflage,
vous êtes l'un de ces oiseaux d'alentour, dont la fauvette « faisait
et la joie et l'amour.. » Vous êtes, monsieur, le pinson ou le char-
donneret... « quittant bois et prairie pour demeurer auprès... »
— Trêve de mauvaise plaisanterie, dit Ludovic. Où voulez-
vous en venir, monsieur ?