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130 LITTÉRATURE MÉDICALE.
Le traité De usu partium, que M. Daremberg intitule avec
raison De Futililè des parties, est a la fois un livre d'anatomie
et de physiologie ; l'auteur, toutefois, n'y traite pas des ques-
tions d'anatomie pure ou de physiologie proprement dite ; il
est absorbé par une pensée à laquelle tout se subordonne
dans son esprit, c'est de mettre en relief les causes finales.
Le caractère de ce livre se résume dans cette sentence d'À-
ristote, que la nature n'a rien fait en vain. Galien s'attache
a rechercher l'utilité de chaque organe, et à démontrer que
les parties ne pouvaient être mieux disposées qu'elles ne se
trouvent, et qu'elles sont merveilleusement adaptées à l'office
qu'elles ont 'a remplir. On le voit, c'est un morceau de phi-
losophie physiologique, et c'est un type achevé de la manière
galénique. D'un bout a l'autre, le savoir anatomique est mis
au service du thème philosophique. Cette thèse, dans la-
quelle le médecin de Pergame s'engage avec une verve et
avec une ardeur toute juvénile , est devenue sous sa plume
un grand et magnifique ouvrage ; on s'étonne, quand on
songe a l'imperfection des connaissances scientifiques de son
temps, et surtout aux difficultés presque insurmontables de
sujet, que jamais l'idée ne vienne à Galien qu'il peut faire
fausse route, et que son regard ne saurait sonder les ténèbres
qui l'environnent ; il ne se doute pas le moins du monde qu'il
s'aventure sur un terrain instable où il ne peut manquer de
trébucher. Et, en effet, son argumentation pêche plus d'une
fois , et plus d'une fois il se fourvoie et s'égare dans les sub-
tilités de sa dialectique et de ses théories. Mais il n'en con-
tinue pas moins à poursuivre résolument sa marche ; et, che-
min faisant, il développe sa thèse avec bonheur et talent,
combat les erreurs qui avaient cours, expose ses idées et ses
découvertes, et, quand il rencontre sous sa plume le système
des philosophes qui professaient le culte du hasard, il les
attaque à outrance , et les accable de ses railleries les plus
incisives (9) ; il s'applique a mettre partout en relief la pro-
(9) Ainsi, en parlant des dents, il s'écrie : « Que le nombre en soit le
même au côté droit et au côté gauche de chacune des mâchoires , n'est-ce
pas là la marque d'une certaine équité ? Accordons cela néanmoins à ce»
fortunés atomes qui se meuvent au hasard, suivant le dire de ces philoso-
phes et qui ont tout l'air pourtant d'achever les choses avec plus de ré-
flexion qu'Epicure et Asclépiade. Car il faut admirer et les autres disposi-
tions prises par les atomes et celle-ci que c'est non pas chez les hommes
seulement, mais aussi chez les animaux, qu'ils ont placé les molaires en
arrière et les incisives en avant ! Que pour une espèce d'animaux, leur tour-
billon eût été aussi heureux , cela était admissible , je le veux bien ; mais