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112 DE L'OISIVETÉ
tionnelles, pourquoi n'y prétendriez-vous pas a votre tour ?
Avec une intelligence égale, vous avez eu l'avantage de
l'éducation dès le berceau ; vous avez le choix des maîtres,
les ressources que donne le séjour dans les grands centres
d'instruction ; vous avez même la prévention favorable qui
accueille partout l'homme dont la famille est déjà distin-
guée. Que vous faut-il donc ? Les qualités , qui dépendent
de vous, l'énergie du travail, et la puissance de là volonté.
Mais je l'admets , et il faut bien le faire pour un grand
nombre, vous ne pouvez prétendre qu'aux positions moyen-
nes, et vous vous retranchez dans votre argument de pré-
dilection : les avantages de cette position sont trop secon-
daires dites-vous et ne méritent pas les peines qu'il faut
s'imposer pour les obtenir d'abord , et pour les conserver
ensuite.
Ils sont secondaires aujourd'hui ; ils le seront demain ,
ils le seront pendant dix ans, quarante ans peut-être ; ils ne
le seront pas toujours ; le temps viendra où vous sentirez
que cet appoint que vous jugez de si faible importance
n'eût pas été inutile et qu'à son aide vous auriez pu prévenir
une ruine qu'il vous sera plus tard impossible de conjurer.
Le malheur de bien des esprits, c'est de n'envisager les
choses que dans l'heure présente et de ne reconnaître le
caractère de la causalité qu'aux influences qui produisent
des effets immédiats : erreur funeste ! Les causes qui dé-
truisent les positions acquises ne sont pas moins réelles,
bien qu'elles ne manifestent leurs effets avec évidence qu'a-
près une longue suite d'années.
Je sais qu'à défaut du travail qui produit, vous pouvez
invoquer la modération qui épargne. Tout en louant une
aussi sage résolution, je pourrais faire remarquer combien
il est difficile de la maintenir dans une position de fortune
où l'économie est taxée d'avarice et dans laquelle les enfants
ne se font pas un point d'honneur de continuer les traditions
paternelles. Je veux seulement établir en principe que
l'épargne est insuffisante : ne pas dépenser est un acte né-
gatif, et les actes de cette nature ne peuvent résister aux
causes qui tendent incessamment à tout détruire.
Que voyez-vous se perpétuer dans le monde ? Dans l'ordre
naturel, les diverses espèces d'animaux et de plantes, dont
la durée se prolonge pendant une longue série de siècles,
tandis que les individus qui les composent vivent au plus
quelques années. Or, comment s'accomplit cette pérennité