page suivante »
86 LE PÈRE DE LA CHA1ZE.
Voici un nouveau trait de modération de ce Père, que nous
empruntons au protestant Benoist (1), et qui, par conséquent, ne
saurait être révoqué en doute.
C'était en 1684, un an avant la Révocation. On sait que déjà ,
dans tous les lieux où l'exercice du culte réformé n'était plus-
autorisé par suite de la suppression des temples, aucun minis-
tre n'avait le droit de séjourner. Il s'en suivait que les enfants
des protestants ne pouvaient plus être baptisés selon les rites de
la religion calviniste.
« Le Roi, dit Benoist avait chargé du Candal, commissaire
presque perpétuel au synode de l'Isle de France, de faire certai-
nes propositions à l'assemblée sur des matières où il voulait que
les réformés eussent de la complaisance pour les catholiques, et
entre autres il avait fait couler celle-ci ; qu'il entendait que tous
les enfants de ses sujets fussent baptisés. De là il était aisé de
tirer cette conséquence, que partout où les réformés n'avaient
plus d'exercice, leurs enfants devaient être baptisez par les per-
sonnes à qui l'Église Romaine en donnait l'autorité. Mais d'au-
tres étaient d'un avis contraire ; et principalement le Jésuite La
Chaize, confesseur du Roi, qui soutint même son opinion contre
l'assemblée générale du clergé, qui se tint l'année suivante ; et
comme il était le maître de la conscience du roi, il le détermina
aisément à suivre ses inspirations (1684). »
En conséquence, survint un arrêt du conseil, dès le mois
d'octobre suivant, qui ordonnait que de lieu en lieu il y aurait
des ministres qui résideraient dans les contrées où le culte exté-
rieur de la Réforme était supprimé, et qui pourraient baptiser
les enfants des calvinistes dans des maisons particulières.
Malgré tant de preuves irrécusables de la modération du P. de
la Chaize, le même Élie Benoist, la duchesse d'Orléans, Schcell,
Duclos et quelques autres écrivains, sans compter les innombra-
bles pamphlétaires du temps, l'ont accusé tour à tour d'avoir été
le principal instigateur des mesures les plus sévères prises con-
tre les réformés avant et après la Révocation del'Éditde Nantes.
(1) Hist. de l'Êdit de Nantes, par Benoist, t. m, troisième partie, p. 703.