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486 LïïTTHES SUR LA SAB0À1GNE. lier des forces ; un autre, mais celui-là du moins avait quitté la soutane blanche pour la redingote civilisée, et, profitant des saintes obscurités et des mouvements de la foule, il parlait avec mystère à une jeune fille dont il serrait amoureusement la taille. Touchant mélange du sacré et du profane, dont ne s'effarouche même pas la foi robuste de ces peuples vraiment catholiques. Le panégyrique du saint prononcé en langue sarde , entremêlé d'invocations brûlantes , de mouvements pathétiques, produisit sur l'assemblée un effet profond et so- porifique-, il dura deux heures. Quant au moine défroqué, on s'en occupait beaucoup le lendemain à Villacidro; égaré , disait-il, par son cheval, il avait passé la nuit hors du couvent. Connaissez-vous, cher ami, quelque chose de plus en- nuyeux que la conversation stéréotypée d'un chasseur , qui vous fait l'historique de chacun de ses coups de fusil, sans oublier les vertus de son chien? A moins que ce ne soit la chasse elle-même, cet agréable exercice qui consiste à se l e - ver avant l'aurore pour courir en aveugle par les monls et les plaines, un fusil sur l'épaule, ou à rester des heures en- tières posté derrière un buisson , ou mieux encore la des- cription écrite de ces exploits toujours identiques ? et pour- tant, plaignez-moi, c'est à ce noble exercice que furent con- sacrés les derniers jours que je passai à l'Établissement, et c'est le récit de mes succès en vénerie qui terminera cet épî~ Ire ; je vous plains, mais je veux me réhabiliter dans l'es- prit d'un certain Nemrod de mes amis, et me faire pardon- ner l'insolence de mes opinions. Notre bande, armée de couteaux et de fusils jetés en tra- vers de la selle , s'enfonça dans les montagnes de Villacidro , derrière lesquelles d'autres montagnes plus hautes dressent leurs pilons chevelus. Le senlier, d'abord escarpé , devint bientôt impraticable. Mais le cheval sarde est un peu de la race de ces chevaux fantastiques des ballades allemandes ; il