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                      SORTIE DES LYONNAIS.                      197

   les paroisses , et je pus juger, par le mouvement et le bruit
   que j'entendais autour de moi, qu'il allait se former de
   grands rassemblements.
      Plusieurs officiers me demandèrent la permission d'aller
   au village de Bagnolles, où, d'après les promesses des gui-
   des, ils se flattaient d'être bien reçus. Ma position était trop
   périlleuse pour vouloir la faire partager forcément à qui que
   ce fût^ et je la leur accordai volontiers. Je les vis revenir une
   demi-heure après très-satisfaits. Le municipalité leur avait
  offert des passes, en leur apprenant qu'il y avait dans tous
  les villages ordre de sonner le tocsin , et de nous courir sus.
  Sur ce rapport, MM. de la Chapelle et Chambérand dé-
  sirent aussi aller au village. Je le leur permis avec plaisir,
  étant bien aise d'avoir d'eux un nouveau rapport, avant de
  me hasarder à sortir du bois ; mais ne les voyant pas reve-
  nir au bout d'un certain temps , je pris la résolution d'en
 sortir. Il pouvait être environ six heures.
     Dès que ma troupe eut débouché, le tocsin redoubla de
  tous côtés, et je rencontrai aussitôt un grand attroupement
 de paysans. Ils criaient, pour ne pas dire ils hurlaient, de
 mettre bas les armes, de se rendre. Il me fut facile de les
 contenir et de me faire conduire à Bagnolles , malgré leurs
 efforts, pour me faire rétrograder. Du bois au village il pou-
 vait y avoir un fort quart de lieue. Pendant tout ce trajet je
 fus accompagné par ces paysans. Leur nombre augmentait à
 chaque moment ; il arrivait même des chefs de légion et des
 officiers en uniforme.
     En entrant dans le village , je demandai mes officiers.
 MM. de la Chapelle et Chambérand parurent ; ils me dirent
qu'ils demeuraient volontairement , disant qu'ils avaient af-
faire avec de bons et honnêtes habitants. Je les assurai que
je ne m'y opposais pas ; mais que, pour moi, je me battrais
jusqu'au dernier moment avec ceux qui voudraient me suivre,