page suivante »
198 SORTIE DES LYONNAIS. J'appris que, dans la nuit, deux Lyonnais avaient été ar- rêtés et mis en prison : je les réclamai. L'on faisait attendre ; je menaçai, ils arrivèrent. L'un était M. Scmith , lieutenanl- colonel , bon officier d'artillerie, qui avail été chargé de la fonderie , lorsque la crainte l'avait fait abandonner à l'entre- preneur; l'autre était un aide-de-camp de M. Burtin. Je restai dans Bagnolles une heure au plus, et je fis don- ner à mes braves camarades du pain et du vin. Pendant ce temps l'attroupement se fortifiait autour de nous. On me donnait avis de parlir ; que nous allions être attaqués. Je de- mandai un guide , et pris le chemin d'Amplepuis. Je ne puis me refuser au plaisir de me rappeler la cou - fiance et l'attachement que les Lyonnais m'ont constamment témoigné ; et sans parler de leur constance héroïque à sup- porter , sans se plaindre, tous les dangers et les travaux, avec quelle indignation et quelle unanimilé n'avaient-ils pas rejeté plusieurs fois les offres que Dubois-Crancé leur faisait d'une capitulation, aux conditions de lui livrer ma tête et celle des principaux chefs ? J'éprouvais plus que jamais, dans le bois de Bagnolles, le bonheur d'être aimé d'eux , et c'est à ce sentiment que je dois, sans aucun doute , mon existence. Tous m'engagèrent à changer de nom ; ils me donnèrent celui de capitaine Antoine, et il fut convenu qu'on dirait que j'avais été tué. Je n'avais pas fait un quart de lieue après Bagnolles, que je vis un grand rassemblement de gardes nationales, de paysans, de femmes, d'enfants, qui déboucha en jetant des cris affreux. Les gardes nationales coururent aussitôt à la rivière de Chessy pour m'y couper le chemin d'Amplepuis, et se cachèrent derrière des haies et des arbres pour faire feu sans courir de risque. Je marchai serré autant qu'il me fut possible , n'osant sé- parer ma troupe, dans la crainte que de faibles détachements