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consommé dans la connaissance de la taille et de la coupe des
pierres que dans la composition des ordres.
   Ce jugement de Roland de Chambray est trop empreint d'exa-
gération pour qu'on puisse y trouver de la justesse. Avec tous
les habiles , nous reconnaissons que la science et le talent da
Philibert De Lorme n'étaient pas sans quelques imperfections ;
mais il est impossible de ne pas convenir que l'architecte lyon-
nais, par la grande influence qu'il a exercée parmi nous sur la ré-
génération de l'art, ne saurait être placé dans un rang inférieur
à celui qu'occupent les Pierre Lescot, les Jean Bullant et une
foule d'autres grands maîtres, ses contemporains. Il avait, en
mathématiques, des connaissances d'une rare profondeur. Avant
lui, dit M. Quatremère de Quincy , les difficultés que présentent
l'art du trait de la coupe des pierres, l'avaient fait regarder comme
une science occulte qui n'était connue que d'un petit nombre d'ou-
vriers intelligens qui en faisaient un mystère : De Lorme est le pre-
mier qui ait écrit sur cette partie de l'art de bâtir ; et s'il y a
commis quelques erreurs , qui ont été relevées par d'autres au-
teurs venus après lui, tels que Jousse, le père Déran et Larue ,
il n'en a pas moins le mérite incontestable d'avoir ouvert les
voies, et mis à la portée de tous les appareilleurs une pratique
autrefois cachée, dont la communication n'avait lieu qu'à de cer-
taines conditions.
   Milizia, auteur de l'Art de voir dans les beaux arts, ne se mon-
tre pas non plus très-favorable à Philibert De Lorme. Dans ses
Vies des architectes anciens et modernes, ce savant italien, homme
de beaucoup d'esprit, ami de Raphaël Mengs et du chevalier
Azara, dit que le goût des profds de l'architecte lyonnais est
sec et mesquin ; que sa base corinthienne , composée de trois torres
est ridicule , et qu'il n'est pas vrai qu'il en ait vu le modèle dans
les colonnes du panthéon de Rome ; enfin qu'il n'a pas été plus
heureux dans cette observation que dans celle du quatrième ordre
de l'amphithéâtre de Flavins, qu'il croyait composite, pendant qu'il
est corinthien comme le troisième ordre. Assurément, nous n'exa-
minerons point ici la valeur réelle de ces différenjes critiques :
justes ou non , leur importance nous paraît peu grande ; car en-
fin le talent n'empêche pas de se tromper quelques fois. Milizia