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LETTRES SDR LA SARDAIGNE. 355
solument rien ; l'autel est composé d'un bas-relief antique, du
marbre de Paros le plus authentique et du style le plus pur,
représentant une fêle de Bacchus avec bacchantes écheve-
lées, décolletées par le haut et par le bas, dans des poses
peu orthodoxes; dansant, riant, chantant, avec cortège
obligé de flûtes, de faunes et de satires. Que dirait de
ce style religieux, le noble comte qui siège en ce moment
à la Chambre-haute; lui, le père de ces bons petits néo-
catholiques, de cette école nuageuse qui ne parle que des
chefs-d'œuvre et de l'art pur, et, qui, au XIXe siècle, en
est encore à pleurer d'admiration et d'attendrissement en
contemplant les ombres chinoises de Cimabùe, les mignardi-
ses étiques et ascétiques des martyrs du bienheureux Fiésole
et les raideurs piétentieuses et académiques de l'anguleux
PéruginPCes messieurs probablement se voileraient la face de
leurs mains, sans écarter les doigts, tandis que les bons cha-
noines de Cagliari, qui n'ont aucune prétention à être savants
dans l'art religieux, regardent tranquillement leur bas-relief
et le trouvent fort beau. Quant au tombeau, c'est un tom-
beau comme tous ceux que vous connaissez : du marbre blanc,
une urne, une pleureuse, une inscription. Il y aurait certai-
nement à faire des réflexions profondément philosophiques
sur le sort de cette femme d'un roi de France, qui n'a ja-
mais été reine, et dont les restes, chassés du continent par les
révolutions et les guerres, sont venus trouver un abri dans le
souterrain d'une église ignorée, dans une ville délaissée, et
au milieu d'un peuple qui ne la connaissait pas. Mais, il faut
bien laisser quelque chose à l'imagination de ses lectrices et
de ses lecteurs.
Toujours au sommet de la colline, mais à l'extrémité op-
posée s'élève l'enceinte vénérée, cloîtrée et enfumée de l'A-
cadémie des sciences et des lettres de Cagliari ; car cette
bonne ville possède une académie, et n'en est pas plus
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