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70 SOUVENIRS
Ombre, voici donc les demeures
Où tes frères et toi dans la sérénité
Du paisible décours des heures
Vous songiez à l'éternité !
Nous croyons faire mieux, nous qu'une fièvre intense
Dans le siècle tient occupés.
Avez-vous de vos soins trouvé la récompense ?
— Le ciel ne nous a pas trompés.
Troublés dans le présent nous cherchons en arrière
Comment dans leurs déserts les saints vivaient heureux.
Que nous manque-t-il donc, et qu'avaient-ils pour eux?
La Charité, la Foi, le Travail, la Prière.
Ah ! cette obscure vie et ce travail caché,
Notre siècle orgueilleux y répugne, empêché
Par trop d'ambitions dont il subit le leurre.
Le présent satisfait, il songe à l'avenir.
Ce que j'ai commencé pourrai-je le finir ?
Tout passe et fuit. — Dieu seul demeure.
Ombres vous dites bien, votre exemple m'instruit
Plus encor que la voix de vos tombes sortie
Et la race qui passe est par vous avertie
Que tout meurt et tout se détruit.
Ces murs cyclopèens, qu'une force étonnante
A pris soin d'assembler sans user de ciments,
Sont tombés, ont blanchi comme vos ossements.
Nous n'avons point ici de cité permanente.
Toute pierre qui croule est un enseignement.
Fers la tombe le flot des vivants suit sa pente :
Dieu seul dure éternellement.
Allumez-vous au ciel, rayonnantes étoiles ;
Astre pur de la nuit, verse-nous tes clartés ;
De nos cœurs déchire les voiles,
Rayon des saintes vérités.