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                  DEUX DOULEURS                       397
Mais rien ne peut tirer de sa douleur amère,
La triste femme au cœur percé, la triste mère,
            Car, cherchant son trésor
Avec égarement ses yeux fouillent encore
Le petit berceau vide et son âme s'éplore
           Car son enfant est mort.

Et puis, elle n'a point, comme la grande Dame,
De parents et d'amis que le chagrin réclame,
Gracieux compagnons auprès d'elle empressés ;
Elle est seule toujours. Son homme, de l'usine,
Ne revient qu'à la nuit, fatigué, la poitrine
Par le travail brisée et les traits bien lassés !

Au moins quand son enfant vivait, son frais sourire
Rompait sa solitude. Elle l'ècoutait rire
          Dans le petit jardin ;
Elle admirait son corps charmant, sa tête brune,
Elle entendait ses pas du malin à la brune.
          Oh ! le cruel chagrin !

Rude inégalité de l'humaine justice !
Voici deux cœurs brisés par un commun supplice,
Et courbés par la peine, ainsi que des roseaux ;
Voici deux cœurs meurtris par un deuil effroyable,
Deux mères de douleur, que la douleur accable
Et pénètre d'angoisse au profond de leurs os.

Dans leur chagrin pourtant combien de différence !
Car pendant qu'on s'empresse à plaindre la souffrance
          De la Marquise, hélas!
La mère pauvre reste au loin abandonnée
Et ses larmes tombant sur sa face peinée
          On ne les sèche pas.