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                        M. PAUL DÊSJARDINS                    391

mistes. Le philosophe allemand a déjà fait parmi nous assez
de prosélytes. N'est-ce pas, pour n'en citer qu'un exemple,
l'impression qui se dégage des Poèmes barbares de M. Leconte
de Lisle, à qui on est tenté d'appliquer deux vers d'un autre
poète :

        Pas un rayon d'en haut ! La tristesse glacée
        Vivait comme un reptile au fond de sa pensée (3)?

   C'est ce rayon d'en haut que cherchent à faire luire sur
la pensée française les écrivains dont nous parlions en
commençant. Eux aussi sont en partie pessimistes. Tous
expriment un amer mécontentement de l'état actuel du
monde. On ne sait plus que devenir ; cette situation ne peut
durer. L'âme éprouve l'impérieux besoin de respirer un air
plus pur. Là est peut-être la vraie cause de ce mouvement
idéaliste que nous étudions. C'est qu'il y a deux sortes de
pessimisme. Il y a celui deSchopenhauer,de Mme Ackermann,
de Leopardi, de Leconte de Lisle, qui ne nous offre, comme
consolation des maux de la vie, que la pensée de la mort,
considérée comme fin, comme anéantissement.

        Tais-toi. Le Ciel est sourd, la terre te dédaigne.
        A quoi bon tant de pleurs, si tu ne peux guérir?
        Sois comme un loup blessé qui se tait pour mourir.
        Et qui mord le couteau de sa gueule qui saigne (4).

   A côté de ce pessimisme, qui est un principe d'inertie,
de découragement, de désespoir, il en est un autre qui est
un principe d'effort, un élan vers le bien, vers le surnatu-
rel. Oui, la vie nous apporte beaucoup de maux; mais elle


  (3) Henri de Bornier : l'Apôtre.
  (4) Poèmes barbares : Je Vent froid de h nuit.