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M. PAUL DESJARDINS 393 face, coule aussi profond que jamais. Ceux mêmes qui cou- rent criez les somnambules, pour tâcher de leur arracher le secret de l'avenir (5), témoignent à leur manière, par cet appétit pour le merveilleux, de la même tendance à recher- cher les réalités mystérieuses qu'ils soupçonnent au-delà du monde extérieur, et ils justifient (quoi qu'en ait dit Voltaire) ce mot célèbre de Chateaubriand : « Le surnaturel est le na- turel de l'esprit humain. » Cédant à des préoccupations analogues, beaucoup de penseurs contemporains reviennent aux solutions spiritua- listes du problème de la vie. M. Paul Desjardins avait déjà pris rang parmi eux; mais non content de répandre ses idées par son livre et de nombreux articles de journaux et de revues, il a voulu, et nous l'en remercions, nous apporter lui-même la bonne parole et nous échauffer au contact plus direct de sa conviction communicative. C'est qu'il est animé, —- et c'est peut-être ce qui lui constitue, dans ce groupe, une place à part, — d'un esprit de prosélytisme ardent. II a compris que, pour ne pas rester stérile, ce mou- vement d'idées ne doit pas être isolé. Il veut rallier autour de ce drapeau tous les hommes de bonne volonté. Ils for- meront l'association des « compagnons de la vie nouvelle », chargés de donner à ces théories la sanction de la vie pra- tique. M. Desjardins prêche la solidarité humaine, la guerre à l'égoïsme, l'amour du prochain. Il fait abstraction des dogmes du christianisme, pour ne retenir que sa morale. Nous doutons du succès, parce que, ce qui éloigne beau- coup d'hommes du christianisme, ce sont précisément les (5) La quatrième page de nos journaux est très instructive sur ce point. Le grand nombre des somnambules annoncées prouve que les clients ne font pas défaut et que la profession est lucrative.